Textes

Rage against the machine

Une femme ça ne doit pas, ça ne doit pas ouvrir sa gueule. Une femme ça doit parler doucement, baisser le ton, ne pas se mettre en colère, ne pas être furieuse, avoir la voix trop grave, être trop grande, trop grosse, trop moche, sexy mais pas trop, rigoler trop fort, ne pas se taper sur la cuisse en se marrant, se raser les cheveux, se trouer soi-même la peau, sinon son corps ne sera plus assez pur pour le paradis. Une femme, une femme ça ne doit pas taper dans des trucs, donner des coups de pieds, pousser quelqu’un pour dire non, ça ne doit pas se rebeller, une femme ça ferme sa gueule. Ca doit avoir la bonne posture quand elle s’assoit, croiser les jambes élégamment, porter des jupes à la bonne longueur et cacher les peaux, les cheveux, les sourires, ça doit exister mais pas trop fort. Une femme, une fille, une gamine ça doit fermer sa gueule et arrêter de faire chier avec sa souffrance intérieure, ça doit fermer sa gueule à coups de poings, de coup de pieds dans la tête, de regards noirs-reste-à-ta-place-de-meuf.

Quand on lui écarte les cuisses de force pour la limer comme un connard. La violer, la déglinguer, ça doit raconter les choses d’une manière futiles et légères, ce n’est pas normal de dire les choses de manière violente, brutes, cash, obscènes. Ça bouffe de la violence et puis après ça doit être doux et tendre une femme; sourire, même si tu as du sang qui dégouline des dents. Le seul moment ou finalement tu peux gueuler, c’est quand tu accouches, ça c’est la bonne fonction, t’as le droit là, tu te fais déchirer la chatte pour de « bonnes raisons ». Alors tu as le droit de souffrir là, c’est donner la vie ça, on s’en fou si la vie on a voulu te l’enlever un million de fois avant que la graine elle prenne. C’est une bonne façon de revenir dans la vie, enfanter. Si tu veux revenir dans la vie d’une autre manière tu restes une pute, une pauvre meuf dont personne ne veut, une salope en puissance pour les femmes en couple en soirée ou dans les mariages. Le fameux sourire figé, le regard qui te juge parce-que tu rigoles (parce-que tu arrives encore à rire putain le prodige) et que malgré tout tu as réussi à ne pas détester tous les mecs et ton mec il est gentil avec moi, je suis polie, je fais la conversation, non je ne vais pas baiser ton mec dans les chiottes.

Et les connasses qui ne veulent pas d’enfant, parce-que elles refusent de fabriquer un être qu’on va fracasser à coup de tatanes dans la gueule, elles feraient mieux d’apprendre à être de vraies femme, en donnant la vie. Fermer sa gueule et verrouiller leurs corps, parce-que sinon le viol c’est ta faute, tu l’as cherché à tortiller du cul avec ton corps qui dépasse des tissus. C’est vrai qu’à 14 ans en jogging, fringuée comme un garçon tu le cherches vraiment. Ha oui mais non, tu marchais sur le trottoir aussi, tu l’a bien cherché. Une fille ça doit se contenter de refaire l’histoire avec son père qui ne voyait chez elle qu’une futur pute parce qu’il n’a pas eu les couilles de revoir son histoire, lâche il s’est laissé aspiré, parce-que c’est ça un vrai bonhomme et sa famille doit fermer sa gueule. Cette haine qui restera son truc à vie, alors rentre dans son idéal, ne remet rien en cause, inventer un autre passé.  Ce qui compte c’est qu’il est fier de toi maintenant, maintenant que tu t’es bien débrouillée seule, que tu as érré sur les routes et que tu en as bien chié. Qu’on t’as bien tabassé à l’extérieur ou à l’intérieur des maisons. Ça doit pardonner, ça doit être clémente et elle se démerde avec les dégâts intérieurs, elle doit fermer sa gueule quand elle est bourrée et que les trucs du fond du cœur cachés comme une bête dans une grotte ressortent n’importe comment, comme des bêtes affamées. Et tous les jours, 364 jours par an, tu fermes ta gueule, tu te démerdes.

Un mec ça peut dire n’importe quoi bourré, c’est cool Francis Bacon ivre à la télé, mais toi la fille, fait attention à ce que tu dis, tu n’as pas le privilège de la souffrance, ta gueule, à jeun ou bourré c’est pareil, garde ta place de meuf, élégante, romantique, discrète et sexy à la fois, juste soupirer, chouiner comme un enfant, ça c’est permis. Ça fait bander Lolita, bien sûr que les gamines de 14 ans ce sont de vraies cochonnes, arrêtons de nous mentir.

J’ai envie de vomir, de pleurer, de me détruire, de vous détruire. Vous bourrer de coups de poings dans la tronche, vous démonter comme des meubles à coups de haches. Avoir un sexe qui bande dur et vous retourner de force en vous tirant les cheveux, je veux vous voir crever, pleurer, avoir envie de mourir de solitude, personne ne veut entendre personne, reste à ta place connasse, reste à ta place, la place que la religion te donne, la société, le grand capital, donne ton ventre, fabrique des enfants en fermant ta gueule, des enfants qui consommeront, qui donneront leurs frics à leurs tours et qui iront chialer dans les chambres. Et les histoires d’amour foirées, parce-que tu ne sais pas comment ça marche ces conneries et qu’il faudrait que tu te débrouilles, que tu fasses tout pour que ça marche, sans qu’en face on te regarde ou on te pose les questions. Tout est de ta faute, toujours. Mais en fait c’est juste simple aussi, tu n’as qu’à chouiner, geindre, comme une vraie jeune femme romantique qui a souffert, mais pas trop, reste dans ton rôle de Cendrillon en détresse à la con. La souffrance ça doit être joli aussi, tu aurais mieux fait d’avoir maigri en souffrant plutôt que de grossir, parce-que c’est moche une grosse qui souffre. Forcément ça s’empiffre. Non, ton corps à un moment il prend ses propres décisions, il ne te demande pas ton avis, et les armures ne sont pas toujours en fer blanc. N’empêche que oui ce gros corps, il t’a bien sauvé des fois, pour ne pas se faire buter un soir de septembre.

Je voudrais être un monstre énorme, marcher sur les villes, donner des coups dans les immeubles, marcher sur les maisons, dans un hurlement immonde sorti des enfers, cracher du feu pour brûler votre société de merde mercantile, hypocrite.

Mais non, vous me direz, tout le monde est féministe, c’est mignon une jeune fille avec un tee-shirt acheté au supermarché du coin avec « je suis féministe » écrit dessus. On est tous pour la cause des femmes, tout va bien, on a tout compris, on est avec vous, ne vous inquiétez pas, les femmes c’est libres, le plan marketing est bien rodé, faisons du fric avec toutes ces connasses violées, vendues, écartelées, démembrées en série. Par contre dans le quotidien, la vie de tous les jours, les nuits où tu fais encore des cauchemars et que personne n’est là pour te donner un peu de cette vraie tendresse dont on aurait eu besoin pour pousser et se développer, savoir comment on aime vraiment, ce qu’est l’affection, la tendresse, être respecté en tant que corps contenant un être indépendant, un cerveau, des organes, une mécanique aussi rodé que les autres ; là, dans ce quotidien quand la mort rôde dans ta tête, continue de fermer ta gueule, ne nous dérange pas à être différente. Le pur produit de la violence, un monstre, une femme qui n’a eu que pour seul salut de prendre la virilité par les couilles.

Je suis un monstre, je suis puissante et fragile, je suis une femme et je suis encore là, personne ne me protège et je vous emmerde.

Nuages

Les nuages. Les nuages épars dans le ciel. Tours à tours rassemblés en confusion, comme de gros corps entassés, sensuels, sexuels ou emprunt d’une solitude qui ressemble à la mienne. Chaque jour, je lève la tête, ou assise dans mon fauteuil, les moments de jours noirs, je les vois, je les contemple et je me souviens des ciels que j’ai contemplé aussi loin que je me souvienne. Je n’ai pas toujours les images concrètes qui défilent dans le film qu’est ma mémoire, pourtant, toutefois, je ressens cette vapeur qui se disperse et s’investie dans chacun de mes organes, dans une lente et permanente mouvance comme les jours de vent dans le ciel, dispersant le paysage là-haut. Le cosmos tout entier se dilate à l’intérieur et je ne sais plus où ranger à côté des poumons, du cœur, du plexus, au creux de mon utérus, toute cette force qui m’attaque avec bienveillance, comme une grand-mère qui vous attrape avec ses grosses mains calleuses à force de travaux, pour vous donner un gros baiser sur la joue.

Les nuages, les nuages, cette tendresse affichée dans le ciel, qui bouge doucement, ou avec force, pour préparer la pluie qui libère, les orages qui exorcisent et font enfin sortir la peine accumulée dans une rage profonde prête à tout détruire. J’ai souvent marché seule, je marche souvent seule. Je regarde, j’observe la vie à côté de moi, les enfants qui grandissent dans les ventres ou tenant la main des mamans, les gens qui déambulent avec ou sans but précis, qui errent, ensemble ou seuls, le visage grave ou avec un délicat sourire dessiné sur le visage (« qui ou quoi les rend aussi heureux et tranquilles ? »). Ils sont des cosmos aussi, des mondes qui bougent à l’intérieur des chairs, du sang, des os. Les trottoirs que j’avale avec mes pas, la Nature que je pars chercher en sautant dans un train, des gens qui parlent des langues qui me semblent des miracles indéchiffrables parce-que je ne connais pas les verbes. Les landes de béton, les esplanades de vert, les arbres comme des poteaux, les réverbères en forme de lianes, les forêts profondes où je voudrais me perdre définitivement. Etre avalée. Le ciel, les nuages, les oiseaux qui migrent ailleurs ; peut-être que eux, là haut ont vu la terre que je cherche, la terre qui serait la mienne.

Parfois le sol se dérobe sous mes pieds, je reste accroché aux bords, les yeux brouillés et la bouche ouverte, la tête en direction des nuages, du ciel, la nuit permanente qu’on appelle l’Espace. Car la force est accrochée là-haut, le ciel est celui qui nous tends une main invisible quand tout semble perdu.

Les nuages, des êtres géants qui passent et disparaissent déjà alors qu’un bruit me fait baisser la tête. A peine quittés, ils ne sont déjà plus là, plus les mêmes, juste une force, grosse, puissante qui m’écrase avec tendresse.

Je voudrais pouvoir grimper là-haut, me coucher prisonnière à l’intérieur. De la tendresse, du moelleux, des figures mouvantes et caressantes. Des ventres de cotons immatériels. C’est de l’eau, de la pression, des températures qui chutent, qui montent. Ils nous avertissent quand tout va changer, tout va se transformer. Ils annoncent les drames ou alors ils glissent avec élégances pour laisser les rayons chauffer mes os fatigués, grinçants comme du bois qui bouge sur le pont d’un bateau. Cette délicate musique  réconfortante, elle est dans le ciel. Je veux bien imaginer alors que les gens ont envie de croire que des dieux existent, parce-que le réconfort vient rarement des gens qui marchent comme moi sur les sols ou naviguent sur les eaux.

Les nuages, l’amour, les pertes, les combats, les larmes, les hurlements, les coups dans la gueule, la main qui se pose sur un bout de peau et qui pénètre jusqu’au cerveau que l’on appelle le Cœur.

Le champ de bataille est à l’intérieur, dans les terres qui n’en finissent pas de reculer, toujours chercher, regarder plus loin pour ne pas mourir et arriver à assumer la joie. Personne ne peut nous venir en aide à part nous, être en mouvement toujours, la seule stabilité que je connais est cette marche, le nez en l’air vers les nuages.

Baisser les yeux pour regarder ses pieds et éviter les trous, s’assurer qu’on ne marche pas sur les bords d’un volcan, ne pas basculer et tomber dedans. Lever la tête, les yeux dans le ciel pour continuer à garder l’énergie et la volonté d’aller jusqu’au bout. Au bout de quoi ? La désespérance de cette marche qui, un jour, ou une nuit, se terminera définitivement.

Continuer à rester en vie, parce-que les autres ne sont plus là, leur absence est diluée tout là-haut, parmi les nuages.

Le manque, la destruction des abîmes, sont autant de manifestations des volontés du corps vers les pulsations, les veines, les rigoles qui ressemblent à l’Absolu. Si je ne transforme pas ma vie en poème, alors la souffrance n’aura été que la manifestation d’une vie absurde et sans intérêt. Sublimer, c’est la seul façon de croire que quelqu’un m’aime, pour toujours et que je l’aime aussi, suffisamment pour rester ici, sur la terre.

(J’avais écrit un petit texte de présentation de mon expo au Pavillons Sauvages, malheureusement il n’a pu être imprimé dans son intégralité (et j’ai oublié de le faire moi-même).

Je le publie donc ici.

Sous la Peau(Poussent les montagnes).

Le corps. Le corps est là. Espace dans l’espace, paysage dans le paysage. Microcosme improbable et mouvant aux multiples formes, couleurs, épidermes, textures. Os qui se plient, ploient sous, se tordent entre-, se brisant parfois, chutes, coups reçus, disciplines. Se reconstruire, se ressouder, être un roseau parmi les roseaux, les pieds plantés dans la mare. La souffrance implantée et silencieuse, la joie perfusée en battements de cœur rapides, l’angoisse morbide derrière les dents en forme de sourires. Les images, les films, les sons, les protocoles créatifs, sublimer. Créer, résister.

La mécanique des fluides, la résilience, déterritorialiser, l’amertume et la joie, des nuages fuyant à l’intérieur des organes.

Le cerveau, temple des émotions, la machine, le grand ordinateur de chair, la nature connectée ici et là.

Les battements, expirer, inspirer, être un monstre généreux et paisible, calme comme une bombe avant l’implosion.

Corps allongé, assis, debout, déployé dans le cadre, urbain, naturel, minéral, dans l’eau, la tête tournée vers le ciel, la bouche ouverte, les yeux fermés.

D’abord toujours couchée, puis ramper, chercher à s’élever accrochée à des choses, s’asseoir, marcher à quatre pattes, se lever sur deux pieds et voici le voyage permanent, les contemplations qui arrivent, un monde dans un monde. Entrer dans la vie, accepter qu’à la fin ce soit la mort.

La vie intérieure, on ne soupçonne rien, on est dans la lune, les filaments poussent, l’organique, le lierre cérébral qui absorbe tout. Les landes, les rigoles, les chemins, les routes, les tempêtes, le calme au crépuscule, les montagnes qui poussent.

Sous l’épiderme, entre la chair et les os, le monde du dedans, l’Univers tout entier, les dimensions parallèles. Personne à l’extérieur de nous ne peut saisir.

Je me transforme, je suis l’autre, je suis, je ne suis pas, je suis un trou grouillant, une flaque dans laquelle nage un canard, je disparais, je me transforme, je saute sur mes pattes et je parcours les crêtes tout près du ciel où nagent mes chers disparus et ceux qui n’existent pas, ceux que l’on attend. L’Absolu.

Parfois, il est possible de disposer des images, des signes, des codes sur du papier, de la matière, pour que tu les voies. Je ne te demande pas de comprendre, ni d’aimer, je t’offre des bouts à voir, je suis vivante.

Peut-être que certains de ces sentiers intérieurs ressemblent aux tiens.

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Des fois

Parfois je me sens bien, parfois je me sens mal. Parfois je me sens bien.

Je ris, je souris, je montre mes dents, j’éclate de vie, je plisse les yeux de joie, je suis en bonne compagnie, je marche dans la rue, je vois les choses pleines et belles. Je suis sur les hauteurs, dans le quartier, je contemple, je suis contente, je suis heureuse, je me sens belle, je trouve que mes cheveux sentent bon. Je jouis dans les bras d’un homme, je partage le repas avec mon amie qui ressemble à une fleur.

Parfois je me sens bien, j’ai le corps souple et endurant, alerte, presque sautillant, bondissant, je vais, je viens, je monte les escaliers, je respire, j’aspire, j’inspire, tranquillement, apaisée, je ne crains aucun espace, aucune possibilité temporelle. J’ai envie d’être là, ouverte et magnifique, je me pomponne, je me caresse les cheveux, je suis une chatte malicieuse.

Parfois je me sens bien.

Parfois je me sens mal.

J’ai le squelette qui me fait mal. Je me souviens de lui qui me tord, me prend les cheveux pour cogner ma tête contre la porte, de moi couché par terre et lui qui me donne des coups de pieds. Les mensonges qui s’accumulent dans ma besace, la tromperie, la confiance qui éclate sous les chaussures, la détresse recroquevillée dans un coin de la pièce. Je m’en souviens, mon corps s’en souvient, j’ai mal, ça prend comme ça, comme un gémissement, un hurlement interne et secret.

Parfois je me sens mal, écrasée, tuméfiée du dedans, je suis morte trois fois j’ai compté, je suis là, parfois je me sens bien, parfois je me sens mal. Je suis revenue, à chaque fois, comme un zombie. Moi aussi des fois je mange les gens. Je préfère manger qu’être mangé. Je reste là assise dans le noir, j’attends que quelqu’un passe et je lui mort la cuisse, le cœur, l’envie de moi. Parfois je me sens bien, je me sens mal, je ne sais plus, ça ne sort pas, je suis prostrée, coincée, bouleversée, ça tape, ça cogne en dedans, la petite fille en dedans ne peut pas sortir, je ne la laisserais pas faire. Elle a aucune idée de ce que c’est, je n’ai pas su la protéger, je n’ai pas su la protéger, je n’ai pas su faire attention pour elle. C’est dégueulasse l’enfance, la vie, les pertes, celui qui est mort, qui ne reviendra jamais, j’aimerais tant lui dire que des fois je vais bien. Je sors de moi, je ne ressens plus rien, je suis gêné, l’autre ne m’atteint plus, je suis froide comme un cadavre, rigide, les yeux tourné en dedans. Je trouve tout le monde moche,  grimace, dégueulasse, la cours des miracles, un tas de corps jetés les uns sur les autres avec leurs portable dans la main à s’inventer une vie super.

Parfois je vais mal, parfois je vais bien.

Les gens, les gens pensent  savoir que quand on sourit c’est qu’on va bien. Les gens, les gens pensent que quand ton sourire est inversé, tu vas mal. Les gens, les gens ne savent pas que certains autres gens sont de bons comédiens, qu’on a eu de très bon professeurs géniteurs, qu’on sait très bien cacher les émotions, le Tanathos, le bordel interne, la rage qui te bouffe jusqu’à te sucer les côtes. Les gens aussi ne savent pas, qu’on change aussi avec le temps, qu’on change toute la journée et que parfois on prend toute la distance nécessaire pour arriver à revenir dans la vie, qu’on sort de notre cachette parce qu’il faut bien, ou alors on choisit de mourir pour de bon.

On aimerait bien que personne ne ressente ça, ce truc dément, sidérant, la solitudequi t’écrase sous son poids pendant qu’elle t’étrangle, elle te prendra le peu qui te reste. Ta dignité, ton courage, l’envie de continuer à aimer l’autre, elle te prendra tout, avec sa copine souffrance, elle fera en sorte que tu choisisses mal, c’est devenu trop insoutenable. Trop tout. L’abandon constant, l’autre qui te laisse tomber, volontairement ou maladroitement.

Tout ça tu le sais, tu le sais tout ça, des fois tu vas bien, des fois tu vas mal.

Des fois tu vas mal, des fois tu vas bien.

Des fois tu vas bien, des fois tu vas mal.

Des fois quand tu vas mal, souviens toi que des fois tu vas bien. Un jour dans la tombe tu ne ressentiras plus rien.

Des fois tu vas mal, des fois tu vas bien.

Tu es vivant.



La déclaration d’intention

Mélancolie inversée, cailloux dans la poche, chien-loup qui court, misère disparue, appareil de lumière à rayons- je te vise, sublime éternité, arbres qui tombent sous la tempête, fleuves qui débordent, incendie dans le  ciel, la nuit tombe, le soleil plonge dans la mer, les étoiles s’installent comme des petites danseuses années folles, la lune grimpe sur le rideau qui change de couleur, jusqu’au noir, bleu de Prusse, rien ne compte plus rien ne compte, je ne vois que tes yeux et tes mains et puis je vois ta voix de loin, je suis convaincue. Je vois ton énergie, vibration cœur corps qui se déploie, ma main dans tes cheveux, matière parfaite, merveille du monde, les couleurs que l’on a choisi, assise sur la montagne, je vois la vallée, tu es dedans et tu marches, tu le sais que je te vois, je te vois, assise sur un rocher, je t’observe, tu es paysage dans le paysage,  je te vois depuis tout le temps, je te cours après mentalement, tu ne me connais pas, mais tu sais qui je suis, je te cherchais et je t’ai vu dans la plaine, enfin.

Je suis la force et la fragilité, l’alpha et l’oméga avec une chatte et des seins et un trou entre les fesses,  j’ai un couteau, une hache, un glaive et un loup caché dans les entrailles, j’aime la lune, je me transforme avec elle, énorme pierre parfaite qui vole dans l’espace. Je suis capable de  poser les armes contre un objet fort et dur pour te caresser, te caresser le visage, ta verticalité, ton horizontalité, les rondeurs de ton âme, ma force destructrice est équivalente à la force d’amour dont je suis capable, je suis une force de la nature, j’ai une armée en moi, je suis une déesse qui va mourir un jour, j’ai surpassé les typhons et les catastrophes, j’ai plié comme le roseau, je me suis modelé comme le galet, le galet : le galet sur le bord du lac, que l’on fourre dans sa poche en prévision du moment on le balancera d’un revers de coude et de doigts, le galet sautillera gaiement à surface de l’eau et faire un petit plongeon final, dans une certaine allégresse propre à la pierre.

J’ai rêvé de toi, j’étais en toi et tu entrais en moi, avec ton sexe et ta bouche, tes doigts accrochés à mes hanches, spectatrice endormie et pourtant j’étais investie dans chacune de tes cellules, mes paupières sursautées, rétine qui s’ouvre et se rétracte, sommeil paradoxal, bouts d’os articulés, chairs compilées et attachées les unes aux autres, le sang qui coule dans les rigoles, jusqu’à ta tête, ton corps et le bout de tes lèvres. Là, j’ai su que tu m’avais entendu, la main en coque de noix, près de ton oreille, tu as sursauté quand tu m’as entendu te chuchoter à l’oreille que j’étais arrivé.

Les mains ouvertes, je recueille la pluie qui tombe du ciel sur ma peau, j’ouvre mes pores, ma viande vivante, ma bidoche qui jouit, mon gras qui vibre,  elle dégouline sur les pointes de mes seins, ma chute, mes reins, entre les cuisses épaisses, je suis un vallon, des petits ruisseaux que l’on appellent désir, je ne vois que toi et tes membres, ton squelette, tes rêveries, ceux qui te protègent du dehors, personne ne viendra t’ouvrir en deux, à part moi, mais je viendrais me lover en toi  et je te confierais tout près du cœur  mes secrets, je n’aurais rien à te dire, des particules, des milliers de petits fils de soie chargés d’impulsions électriques tout autour de chacun de tes organes, je te prendrais du dedans, tu comprendras ce que tu sais déjà. La main fermée sur la pierre. Monstre bienveillant, mutante tendre.

Je te prendrais la main, sûrement, gentiment, je connais la valeur de la douleur, des tristesses et des abandons et qu’il faut être douce avec un animal sauvage. Je prendrais soin de toi, un genou à terre, ou debout, ou couchée, les bras en l’air en arcade inversée et emprisonner le soleil et t’offrir les lunes d’un coup de hanche, les satellites, les glaciers du ciel et de la terre.

Ne vois-tu pas que j’ai survécu pour aller à ta rencontre. Mélodie que je fredonne dans les landes.



Le Retour

Ce matin, ce matin là, hier, hier je me suis reconnue. J’ai vu mon visage. D’abord la buée sur le miroir, que j’ai poussé sur les côtés d’un coup de paume de main droite, celle que je préfère, celle qui acte à côté de la gauche, la gauche qui se repose souvent, parce-qu’elle est du côté de mon cœur qui est fatigué.

Ce matin, je ne m’attendais pas à ça, je me suis vu, je me suis vu dans les yeux.

J’avais pourtant cherché longtemps où je pouvais bien être passé. Je m’étais rencontré vers 8 ans, dans le bassin en pierre, là où les dames lavaient les vêtements et les draps avant;  tremper les mains en papotant, j’aime bien ça, même si souvent je papotais seule. Il ne restait que des résidus de ces dames, moi je n’entendais que l’eau qui coule et ma voix dans ma tête.

Je me suis vu, après cette longue route, jonchée d’absences et d’abandons. Coque de bateau vide, personne à bord. Le pire abandon était le mien, de moi à moi, de moi pour moi. J’avais dit, j’avais dit « va-t-en, quitte le corps, moi je reste ici comme une colonne d’argile, je vais rajouter de l’argile encore  tout autour, qui durcira au contact de la lumière et de l’air et plus personne ne pourra nous toucher, je deviendrais énorme, repousser le périmètre et toi tu seras parti en lieu sûr ».

Ce pauvre corps à la con, que les gens touchaient par mesure d’affection sûrement, enfin je crois, se faire pincer la joue, je changeais de trottoir pour éviter le monsieur avec la toque en fourrure (je sais qu’il est mort maintenant, il ne pince plus rien ni personne), la grand-mère qui faisait des massages trop forts, parce-que ça va faire passer mon mal de tête, les piqûres des orties pour aller chercher des figues, ça gratte, ça brûle, mais j’ai des figues. Tomber, s’écorcher le genou, c’est rien, ça arrive quand on court. Dans l’immobilité il ne se passe rien.

Le garçon qui fourre sa langue dans ma bouche, le monsieur qui me chope et qui me fourre tout court, je ne suis plus vierge et je n’ai pas encore mon brevet des collèges.

Je suis seule, tu es en lieu sûre, tu es ailleurs, je ne sais pas où. Te reverrais-je un jour et est-ce qu’on sera ensemble ?

Les années ont passées. J’ai pris des coups de gueules, de coups de poings, pieds, tête projetée contre les sols, les portes, la queue qui fend en deux, le nez qui dégouline de sang, je n’avais pas le sens de l’orientation, je n’avais aucune idée d’où je pouvais aller sans toi et sans personne, j’étais partout sur des canapés et puis des tas de visages, de bites, des alcools, des danses frénétiques, les douleurs, recommencer à savoir comment ça marche le cœur, la mémoire, savoir gérer les larmes au fond de ma gorge. Transformer la tristesse en rage. La drogue c’est mal, mais ça aide à faire semblant d’être mort des fois, parce-que tu essaie juste d’être ici et trouver un sens dans un giratoire.

Sans toi je n’y arrivais plus. Il fallait que tu reviennes et que tu me pardonne.

Au départ tu revenais par bribes, des petits souvenirs diffus, dans le jardin, dans les odeurs, la feuille de pied de tomate que tu frottes entre tes doigts et provoquer l’émotion, les émotions que j’avais laissé partir avec toi, tu te souviens, j’avais pris soin de te faire un petit sac, remplis de toutes ces petites choses, celles qui font mal quand tu ne les partage avec personne.

L’amour, la tendresse.

Tout le monde est parti, brusquement, je n’ai pu assister à aucun départ, aucune mise en terre, tous ont été violents, brusques. « Rien n’est plus beau que les gens qui s’aiment » : mon cauchemar, ma déception directe. Arrachez moi de partout, je ne veux plus rien sentir, je suis une bête, un monstre, je hurle intérieurement dès que la lumière apparaît. Animal fauché en pleine course vers la forêt. Je voulais vivre dans une grotte et mourir seule, avec juste le bruit  des rigoles d’eau qui s’infiltrent, j’étais un animal blessé et j’avais la rage, je t’aurais mordu si tu étais revenu là. Tu le savais, je n’étais pas prête.

Mais à chaque fois, je t’ai sentie, tu voulais revenir et je ne t’ai pas laissé rentrer,  je ne voulais peut-être pas au fond? Je ne savais plus comment on faisait, « c’est trop tard ». J’ai été violente alors à mon tour, je t’ai détesté de me demander de me souvenir et de vouloir juste ça, juste vouloir. Je voulais que tu reviennes, mais je ne savais pas comment faire. Moi aussi je t’ai fait mal, pourtant je voulais te protéger.

Et puis.

Et puis un jour, j’ai laissé tomber.

J’ai laissé tomber et puis toi tu es revenue parce-qu’on allait crever pour de vrai, de la main de quelqu’un d’autre et ça.

Ça ce n’était pas possible, c’est toi qui l’as dit. Je ne vaux au final aucun sacrifice et surtout pas le notre.

Je crois que je t’ai vu devant la porte, avec ta robe à perles sur le grand col, il parait que j’aimais le rose, enfant.

Tu étais resté petite, 8 ans, douce et gentille avec tes longs cheveux.

La porte que j’ai réussi à franchir avec toi et puis on est parti ensemble dans le taxi et on ne savait pas bien où on allait aller ensemble, les lumières défilaient collées sur les immeubles et dans le ciel tout noir de Paris, le monsieur du taxi était gentil, on avait bien besoin de ça. Et puis après, toutes les deux on a fait en sorte d’être les plus fortes et si on n’y arrivait pas, on a eu de la chance, des gens qui ne vivaient pas en nous nous on aidé, parce-qu’ils savaient bien.

On a été les plus fortes. Parfois encore on s’écroule. Mais on est ensemble, on revient plus vite dans la vie.

Et puis donc ce matin là, je t’ai vu, je t’ai vu en vrai, dans les yeux. Mes yeux noirs, qui ont changé de couleur subitement, un éclair, une main qui s’agite au fond de la rétine, je t’ai reconnu, chaque traits, chaque vérités, chaque bout de la physionomie ; je t’ai vu et j’ai ressenti de la tendresse.

Je ne suis pas rentrée chez moi, je n’en avais pas, j’ai construis ma maison, mon nom, je suis là.

Et peut-être qu’un jour, on rencontrera quelqu’un qui saura bien ce que c’est et qu’on pourra lui expliquer que si on s’est accroché, c’est pour aller à sa rencontre.

Et s’il ne vient pas, tant pis, je suis là et je t’aime.



Chauve souris

Tout est bloqué, carotide gelée, rien rien rien, rien ne fonctionne perpétuellement. Juste par à coups, courant alternatif. Je reviens en aparté et puis un matin, c’est cassé ça débloque, je ne sais plus où est le bon mur où je suis censé me cogner. Je sors dans la rue, je tourne en rond dans le pâté de maison, moi-même je sens le pâté, y’a rien qui est digeste, tout est dégueulasse, je voudrais manger des trucs en cartons, des trucs sans goût, remplir le ventre de rien et puis tout vomir en papier mâché, et puis avec le papier vomimaché je construirais un grand château, j’aurais creusé des douves, c’est joli les tranchés, les armés en creusent toujours, et un pont levis, que je laisserais ouvert de temps en temps et puis je monterais dedans mon château, y’aurait des tourelles et puis je laisserais pousser mes cheveux pour les laisser traîner dehors que quelqu’un grimpe un jour à mon secours.

Mais non, bon, je sais qu’au final je le rejetterais par la fenêtre, il faudrait qu’il monte juste les escaliers doucement et qu’il demande à chaque étages s’il peut en monter un nouveau. Je dirais « oui d’accord, mais pas trop vite je suis émotive».

Le brusque et l’inattendu c’est romantique dans les livres, dans la vraie vie on a des emplois du temps qu’il ne faut pas déstabiliser sinon on fini au chômage ou avec la diarrhée.

Elle est gentille cette petite, elle a de beaux cheveux, mais seulement en extérieur. Dedans la maison c’est une sorcière, elle a des paroles qui poussent et elle aimerait bien se cacher derrière les contradictions, celles qui disent qu’elle est moche et jolie en même temps.

Rien rien rien, les mains se figent, la barrière se créée entre le bas du corps et le haut, une grosse frontière, on n’avance plus, ça ne sert à rien, un deux trois soleil, le soleil dans l’œil, je ne vois plus rien, je cours autours de la cage à écureuil, je veux grimper tout en haut de la cage et tenter d’essayer d’attraper le soleil pour le foutre dans la flaque et laisser la lune perpétuellement en l’air, ce serait la nuit, tous les chats sont gris, ce serait la nuit et tout le monde serait silence et dodo et alors moi je pourrais aller marcher dans les rues, tranquille, comme une chauve souris, je volerais de branche en branche, il ferait frais et je pousserais des petits cris sonars qui résonneraient contre les immeubles et les maisons, contre les arbres, les tractopelles. Mes petits cris iraient raisonner dans des trous en spirale, comme ça et ressortirais comme des tiges d’acier en panache.

L’angoisse c’est l’amour, l’amour c’est l’angoisse, tout le monde en parle et personne ne peut le saisir, ou tout du moins on pense qu’on l’a attrapé et puis c’est un vieux bouquet de fleurs qui se fane et pourtant tu auras essayé la javel et le sucre dedans l’eau pour que ça dure toujours.

Un jour je reviendrais, je reviendrais avec des tumultes aussi bref que mes respirations quand j’ai le souffle coupé par l’angoisse et la peur. J’irais en haut de la montagne et je plongerais toute nue dans une grosse mer de permanence, et je deviendrais un gros rocher, un pic dans la mer et les gens voudront nager jusqu’à moi et me grimper dessus pour faire bronzette sur moi et ils seront heureux et les siècles passeront tranquille et moi je serais dans la mer comme ça, comme une grosse géante figée mais qui s’en fou parce-qu’elle ne se souvient de rien et que juste elle est stable et forte, même si elle s’érode un peu avec les éléments, elle s’en fou si elle se brise des fois et que des bouts tombe dans l’eau.

Y’a sûrement un petit bout qui deviendrait un poisson content. Une chimie que des gens étudieraient un jour.

Regarde ! Un petit foulard qui vole !


La salope.

Tu parles que de la violence, tu parles que de la violence, tu parles que de la violence, pourquoi tu parles que de ça, pour quoi tu parles que de ça, pour quoi, pourquoi, pour-quoi, à quoi tu joues à quoi tu joues à quoi tu joues, je joues à rien, je ne sais pas faire autrement, j’en sais, rien, je divague, je me souviens, c’est comme ça que ça a toujours fonctionné chez nous, chez lui, chez eux et puis l’autre aussi et l’autre derrière qui n’en a pas l’air je t’assure, sans parler d’elle qui gueulait tout le temps et le grand final qui dérouillait par amour. Des fois je me lève le matin j’ai la rage, je m’énerve, je tape contre les murs, les murs dedans ma tête. Je grimpe dans ma tête, je grimpe par la petite échelle qui monte de ma chatte, en passant par le ventre, qui se fraye un petit chemin dans les organes, il pousse les intestins, le pancréas  et traverse dans le cœur trop gros, en bourrant le plexus solaire de bouts de coton en passant pour rigoler qu’est-ce qu’on se marre et provoquer les crises d’angoisse ; Enfin j’arrive à la tête, je fini en m’accrochant sur les bords de ma tête, en mode escalade Cliffhanger Sylvester Stallone la bouche de travers et j’arrive dedans et je tourne en rond, je tourne en rond et je racle les murs avec mes ongles et je donne des coups de pieds j’arrache des bouts et je fiche des coups de pieds, de poings, je crache contre les parois, je déteste ma tête, je déteste ma tête, je vous déteste, je me déteste, je les déteste, je déteste, je suis fatiguée de détester alors je déteste encore et encore, je hurle dedans comme une bête malade. Et surtout n’approche pas.

Il est où le petit lit dedans ma tête ? Avec la couette, je monterais dedans et puis je rabattrais la couette sur ma tête et puis il ferait chaud et noir et je ne verrais plus rien et ma tête arrêterait de cogiter comme une conne. Je ferais un gros dodo et je ne ferais de mal à rien, à personne.

Les bébés qui naissent ont besoin de caresses, les bébés qui naissent ont besoin d’intonations de voix gentilles, les enfants qui grandissent ont besoin de câlins, les enfants qui grandissent ont besoin qu’on leurs parlent comme à des petits oiseaux fragiles. Et si on n’en a pas, on se démerde sans, on se balade avec son caddie et on ramasse n’importe quoi qui ressemble à un truc qui brille.

Et après qu’est ce qu’on devient, quand est-ce que ça vient ?

Le monde c’est de la merde, il explose, il tranche, il découpe en morceaux, il perce les hymens de force, les culs, la bouche, le libre arbitre, il bourre de coups de poing dans la gueule, il détruit tout, il détruit tout.

Pourquoi tu te plains tout va bien, regarde la télévision tout va bien, va acheter des vêtements de marques bariolées, tout va bien, va manger des machins, pendant qu’on tranche la gorge des animaux et des gens, tout va bien, tout va bien. Papote en terrasse de tes peines de cœurs et aussi du travail que tu aurais bien aimé faire et là y’a que des têtes de mort qui te répondent, y’a que des futures cadavres. Arrête de faire chier avec ta dépression, prend du bon temps, trouve toi un mec, pars à la mer, achète toi des chaussures, dépêche toi de faire un enfant, tu vieillies.

Des flingues, des couteaux, des croix qui brûlent, des camions qui roulent sur les gens ou avec des gens dedans pour les déverser dans des trous, des trous énormes ou tout se décompose. La guerre et son industrie, les prisons et ses industries. « Machine » a fait une liposuccion, « Machin a fait un môme à Machine » et ils partent en vacances à la plage loin où y’a que de l’eau transparente et des requins, tes yeux dégouline de détresse mais tes sourcils sont tatoués, tu pourras sortir de l’eau avec tes beaux sourcils tatoués alors que tu as rasé les tiens parce-que tu ne les aime pas.

Les chairs, les organes, l’espoir, la vie elle-même, tout pourri au fond de la cuve.

« Un jour l’enfer sera rempli et les morts reviendront sur terre ».

Je ne dis pas, moi aussi j’ai dérouillé les autres, quand j’avais plus la force de m’en prendre à moi-même, sinon c’est simple j’aurais sauté du pont. Je les ai dérouillé, je les ai pris et retourné, j’ai cassé des gueules, des cœurs, des sourires, j’en ai mis des claques dans la gueule d’innocents, perverse et puis sadique, pour voir comment ça fait l’autre qui a mal à la place de toi pour changer. Genre je contrôle et je t’emmerde. Mais en fait ça sert à rien, de devenir méchante, ça fait mal surtout à toi, tu t’en fou de savoir que l’autre souffre, tout le monde souffre, laisse la vie faire, cette salope.


Ejac

J’ai jamais su dire pourquoi, j’ai jamais su dire pourquoi je n’avais aucune idée de ce que je pouvais bien faire ici, Je n’avais pas vraiment d’ambition quand à la teneur du courage, à savoir pourquoi il avait fallu reprendre la route, sur ce petit cours d’absence. Je ne savais pas pourquoi j’avais du refermer les mains sur un tas de souvenirs qui m’échappaient, j’avais préféré y mettre un terme en faisant tout un tas de choses absurdes comme me foutre en l’air à coups de bites ou bien de stupidités en bouteilles ou qui s’avalent dans un geste éreinté et sans mesures.

Les images de la télévision défilaient et je ne comprenais rien à rien. « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? ».

La première fois qu’on m’a pris un truc sans me demander mon avis gamine, je me suis demandé pourquoi les choses ne se passaient pas avec tendresse dans la vie, la première fois que j’ai pris un pain dans la gueule, je me suis demandé pourquoi la bienveillance n’est pas aussi naturelle qu’un soupir, la première fois qu’on m’a laissé tombé, je me suis demandé à quoi je pourrais bien me raccrocher.

Se raccrocher à rien, le néant, l’absence, la grosse flaque qui ressemble à un trou, si je me jette dedans le trou va se former, je pourrais alors trouver un bord, un bord où je pourrais accrocher mes mains et c’est sûr, quelqu’un va venir et me tendre la main.

Mais non, le sol est bien là, rien ne se dérobe en-dessous, le malheur est espiègle, il se cache derrière les arbres ou juste derrière tes cheveux et il sort comme le loup en fait « bouh », il t’attrape par les cheveux et  te prend par derrière que le sang gicle de ta chatte.

Il te tabasse à coups de pieds et de coups de poings et il te dit qu’il t’aime, t’es une grosse merde mais il t’aime, c’est juste que tu comprends tout de travers et que quand même c’est vraiment avec toi qu’il veut faire sa vie.

Papa était comme ça, il m’aimait, mais c’était une gentillesse hein, une faveur, parce-que quand même j’allais devenir pute.

Ce n’est pas possible autrement, il y a forcément une finalité. Une finalité aux gens qui se déplacent pour éviter de mourir ou devenir des esclaves, une finalité à devenir des machines à fric à grande vitesse avec le mal de dos, une finalité aux gamins que tu revends comme des choses, une finalité à savoir que quand tu seras vieux, il vaudra mieux être mort que demander la retraite et sans parler de l’enfance qu’on dit que c’est génial, mais que finalement il faut dire aux enfants de faire attention à ne pas perdre cette époque magique trop vite mais que c’est certain, un jour quelqu’un voudra enlever la culotte à ton enfance et te la virer comme ton hymen. Je sais, je sais, je sais.

Je ne vais pas bien, tu pense que je ne vais pas bien.

Peut-être que je ne vais pas bien, je bidouille avec les choses qu’on me propose tout en sachant que je peux imposer des trucs et en éviter d’autres, je marche, je cherche encore la flaque, je marche je cherche la flaque dans laquelle je pourrais me jeter.

Les rapports de force, la séduction, la parade nuptiale, la violence qui rôde comme une bête en rut, le pénis qui dirige la planète. Le poing, la bite, la chatte, le trou du cul, le fric, je te crache à la gueule, tout le monde hurle, les bombes qui explosent sur les chairs, les chairs qui se dissipent et l’autre avec ses oreilles décollées qui racontent les dernières nouvelles la gueule tartinée de fond de teint. Le pétrole, les diamants, la drogue, les flingues, les bitches qui remuent du cul sur la bagnole, la grosse branlette humaine, l’humain et quelqu’un de bien au fond, la grosse blague mondiale. Tom Cruise me fait peur.

Je sais que quand j’écris je deviens seule, je sais que quand je dessine je deviens seule, je sais que quand j’attends le bus, je deviens seule, je sais que quand je suis seule, je ne suis pas seule, la merde remonte toujours dans ma tête et je voudrais trouver un arbre ou une odeur qui me ferait sentir que je fais parti d’un tout cosmique et me fondre dedans et appeler mon grand-père au fond du jardin et qu’il vienne, que je lui montre un truc du doigt et qu’il rigole comme avant avec ses dents en or.

Les gens veulent vivre très vieux.

Tant mieux pour eux.

Le pot et le couvercle.

La naissance de la fille avait été une fête. Des médaillons et des bracelets en or avaient été acheté pour la circonstance, pour lui mettre autour du cou et de la main, pour lui dire merci d’être venue, qu’on était content. Les hommes tombaient dans les escaliers, les femmes pleuraient ou souriaient de toutes leurs dents entourées de rouge. Des cris perçants, des mains qui frappent entre elles, pour dire la joie et l’excitation du moment. La fille, petite, étaient source de joie, elle était contente, on lui montrait qu’on l’aimait bien, en lui tenant la main dans les balades, on la surveillait de loin par la fenêtre pour que rien de fâcheux ne lui arrive, on s’assurait qu’elle mange, qu’elle ait des jolis vêtements. Les vieux parents de ses parents, lui prodiguaient mille attentions pour lui montrer comme on était heureux qu’elle soit venue sur la terre après toutes ces choses complexes qui rendent l’existence dangereuse. Enfin on était tranquilles. La fille se souvient de tout ça, entre autre, en fumant sa cigarette, en regardant par la fenêtre. Comme les choses ont changé peu de temps après, un chiffre, un âge, la voiture qui embarque vers autre chose, une vie différente, avec du vide tout autour. Dans les gros livres écrits par des gens en robe qui traversaient des déserts de long en large pour trouver des réponses, on parle du Paradis. La fille avait connu le Paradis, pendant 7 ans. Ensuite, pour on ne sait qu’elle raison, elle est redescendu dans la cave, on lui a montré comme c’était agréable d’être aimée et choyée et puis après on lui a retiré, sûrement pour qu’elle passe son temps à courir après quelque choses pour maigrir, parce que depuis, la fille, elle avait grossi.                                                                                                                                                                                                                                                    La solitude.                                                                                                                                                                                                                                            La solitude c’est un truc pas sympa, une espèce de bête qui te course constamment et qui te coince contre les murs des villes, les bosquets des campagnes. Elle marche derrière toi et avec son doigt pleins d’os tranchants, te donne des petits coups dans l’épaule, pour que tu te souviennes tout le temps qui tu n’y arriveras jamais, que personne ne veut de toi. « Chaque pot trouve son couvercle » disait la mamie en travaillant la semoule. Elle avait l’air sûr d’elle, la fille y croyait à fond. Elle se demandait néanmoins, « mais je suis le pot ou bien le couvercle ? ». Déjà elle sentait que quelque chose clochait et que ce serait plus difficile que ce que la maman de sa maman disait. Quelque chose clochait, elle il pensait souvent, planquée dans des bouts de forêts approximatives, des tentes de lianes ou bien dans une cabane en pierre avec un lavoir dedans. Elle se cachait là, en écoutant l’eau couler et elle pensait.  Elle n’avait pas 10 ans. L’eau, ça deviendra son grand truc, la toucher, ou être dedans, la meilleur connexion possible. D’ailleurs à l’école elle l’a apprit, l’eau c’est un conducteur. Le conducteur de ses sens à sa tête. Comme ça aurait été facile d’être un poisson, la fille aurait fait partie d’un groupe qui nage ensemble. La vie, la vie la fille n’a jamais vraiment compris son sens, ça a toujours été un truc dément et absurde. Comme l’amour, être gracieuse, féminine, trouver un mari, un travail, être assimilée à une société, croire en quelque chose et prier dans ce sens. La fille, la fille n’a jamais compris pourquoi on lui a donné au début, un sens en l’aimant très fort et puis après quand elle a commencé à parler, qu’elle ressemblait de moins en moins à une poupée, pourquoi on lui a tout retiré. La solitude dans sa grosse bagnole, lui passait dessus, encore et encore, pour lui casser les os et faire en sorte qu’un jour elle se suicide.                                 Tu es une pute.                                                                                                                                                                                                                                   C’est logique le viol, tu es une pute.                                                                                                                                                                                              C’est logique qu’on t’insulte, tas de graisse, de conneries, de larmes.                                                                                                                                        Tu es une pute et maintenant essaie de trouver une bonne raison de continuer à faire quelques choses de ta vie.                                                          De pute.                                                                                                                                                                                                                                              Faire des études, se trouver de bons amis, trouver un travail, avoir un animal de compagnie, lire des livres qui parlent de cette salope de solitude, qui à priori s’en prend à beaucoup de gens. Être ivre, prendre des antidouleurs (c’est idiot, ça ne marche pas pour l’âme, mais au moins la fille dormait, ou faisait des trucs idiots sans vraiment être là), merci les gens qui ont inventé la drogue. Sûrement des gens aussi que la Solitude tançait constamment ou tout du moins qui avaient repéré que la vie c’était une forme d’arnaque. La fille a rencontré dans sa vie, des gens qui aussi avaient l’air de souffrir à cause de cette méchante madame qui te chuchote à l’oreille que tu n’en vaux pas la peine. Des couvercles, des pots, mais à priori, personne ne sait vraiment qui est le pot, qui est le couvercle. Alors on tourne en rond et on brise les pots, on jette les couvercles en hurlant et en montant sur les chaises en moulinant des bras. La Solitude elle rigole, elle voit les gens comme la fille, gesticuler et faire des dépressions, parce-que la solution n’est nulle part, ce serait tellement facile que quelqu’un arrive et prenne la fille dans ses bras et lui dise que tout va bien aller.

Dormir.

Travailler.

Rêver.

Chercher.

Espérer.

Manger.

Hurler.

Se faire mal.

Se laisser faire du mal.

Baiser

Se faire baiser.

Défoncer ta gueule à coup de poings.

Couche toi à terre, j’ai envie de te donner des coups de pieds dans ta tête.

La fille, regarde par la fenêtre, en fumant sa cigarette. On dit qu’elle est féministe, qu’elle est une femme forte, qu’elle est une femme libre, qu’elle a du talent et tout un tas de trucs qualificatifs. On lui a collé des étiquettes toute la vie, au moins ceux-là sont gentils, enfin elle ne sait pas trop. La fille est sûrement tout ça et rien à la fois. La fille aura payé cher pour devenir tout ça. Au fond, on aime bien les poupées qui ne parlent et ne pensent pas. Être jolie, posée sur une commode ou un lit et puis des fois on la tripote. Elle repense à cette histoire de pot et de couvercle. Peut-être bien qu’en fait depuis le début, elle est juste enfermée dans ce satané pot. Et la Solitude a serré fort pour que personne n’ouvre jamais ce satané pot, sûrement en rigolant de sa tête de mort.

« Je voulais juste être un champ de fleurs, qu’on vienne s’allonger en moi et sourire »

Finalité machin/rien

Elle se souvient exactement de ça : quand la calotte épidermique est devenue trop fine par rapport au reste du monde. Il fallait une barrière, un voile de bure, un machin suffisamment épais pour former comme une grosse carapace qui empêcherait l’autre de s’approcher de trop près.

(La croûte sur ton genoux, derrière il y a ta peau, fine, protégée par la couche de pus séché, la vraie peau, en secret).

Surtout ceux qui vivaient dans la même maison qu’elle. Dans la maison, pas de position de repli, pas de fond de cours, de derrière le mur, elle se tient au poteau, pas d’alternative.

Parfois à table, en tentant de faire le moins de respirations possible avec sa fourchette, elle avait envie de pouvoir enfoncer doucement sa main dans son visage et de retourner ses yeux vers le dedans, pour que ce soit plus confortable et que les anecdotes pénibles passent comme dans un coton. Un peu ouaté, diffu, une conversation derrière un mur qui ne la concerneraient pas et dont elle chercherait à recomposer le dialogue, juste par curiosité malsaine, « pourvu que ce soit un drame ». Un gant de latex qui colle à la main, qui se retourne quand on le retire. Faire ça avec sa tête ou bien la dévisser pour la poser à côté, sur la table de chevet et faire une vraie sieste. Pas se taper ce stroboscope hystérique.

Crapaud buffle, gonfler, être une outre pleine d’eau impressionnante. Faire peur, dégoûter, couper le dialogue.

Il y a des refuges théoriques dans la maison, un fauteuil avec une barrière invisible. Papier, crayon, musique dans ses oreilles, c’est comme ça qu’elle fabrique son mur et c’est comme ça qu’elle imagine une vie plus confortable et moins furieuse. Pourtant déjà dans les contes qu’elle raconte, il y a cette violence rentrée en dedans, des bois sombres avec l’homme qui vient chercher un œuf mou qu’elle mûrit depuis ses escapades dans le buisson près de la route. Là dedans, c’est comme dans les histoires de Grimm, une aura étrange, une voûte spéciale, qui ne demande qu’à la protéger sans y parvenir néanmoins. Fumer les branches, arracher des lianes, en faire des cordes pour se ligoter le poignet très fort et sentir qu’elle est vivante, tout passe à côté d’elle, le profond ennui, la conviction de savoir qu’on est quelque chose qui ne parvient pas à sortir. L’adolescence on appelle ça. Elle se dit que c’est autre chose, c’est quelque chose qui traîne depuis des siècles, des vies, les unes après les autres qui arrivent à cette finalité et maintenant la voilà coincée. La conviction qu’on lui cache certains dialogues.

Certaines filles, elle entend parfois, se coupent avec des lames de rasoir, se font mal exprès. Elle, ça ne la branche pas, elle sait déjà qu’elle a mal, chaque respiration, chaque battement de cœur est déjà suffisamment insupportable, être roulée dans de la pâte à modeler, c’est plutôt ça qui la brancherait.


Ma Peur

Au début, elle semblait ramper comme ça autour, je ne la remarquais pas vraiment. Une vague odeur, tout en courbures, perforait de temps en temps mes narines, je ne pouvais pas trop me dire qu’elle était probablement de retour, il me semblait être devenue bien trop forte pour qu’elle y parvienne de nouveau.

J’entendais que l’on chuchotait mon petit nom en bas du lit, ou derrière moi quand je lisais les modes d’emploi de tout un tas de chose en bois ou pas du tout. Je structurais petit à petit un nouvel espace que j’avais dû définir après avoir fuit juste avec ma culotte et mon peignoir. J’étais monté dans un taxi et les lampadaires me faisaient des signes en souriant, tout en ayant l’air désolés pour moi.

Mais il n’y avait pas de quoi, j’étais moi-même désolée pour moi et je pensais néanmoins qu’avec cette maison évaporée enfin, je pouvais repartir à la conquête de ce que j’avais commencé l’année de mes 14 ans, quand tout s’était arrêté net en départ.

Finalement, elle était restée là accroché sur mon dos ou autours de mon cou, comme un renard argenté, du genre chic et morbide, comme les dames dans les années fofolles.

Je crois qu’en fait, elle se rappelle à mon bon souvenir, je n’ai pas été très sympa avec elle ; elle qui m’a permis finalement de prendre la vraie décision et de me faire tenir dans mes campements sur les canapés, ou quand je tournais en rond dans le quartier de mes années d’étudiante en pleurant, je n’avais plus de chez moi, j’étais une habitante de nulle part. J’avais tant rêvé de ma maison à moi, moi qui n’existais pas, sans territoire, la seule grande pourriture dans mes tripes, je ne servais à rien ni personne, je n’avais pas de but, je ne ressemblais ni à ma mère, ni à mon père, j’étais destituée avant d’avoir pu même occuper un quelconque poste.

J’ai tourné en rond comme ça, avec elle. On prenait le bus ensemble, on regardait par la fenêtre, c’était Noel, les lumières, le château illuminé, faire ses courses seule, se souvenir des trois repas par jours et ce qu’on aimait, ou avait l’habitude de manger. Je ne savais plus rien, j’étais épuisée, mais heureusement elle, elle était là, pour me faire tenir, tourner, fonctionner, c’était un bon soutient. Je n’avais plus qu’elle.

Mes poignets me faisaient mal.

Ma cheville ne pouvait plus se plier.

Mes cheveux étaient tombés, je les ramassais par poignées.

La graisse avait recouvert mon visage, comme un petit matelas pour cacher mon squelette.

Il y avait eu ce trou béant dans mon œil.

Le temps passait, il n’y avait pas grand-chose de joyeux entre nous, mais elle me semblait la plus fidèle que j’ai pu rencontrer dans mon existence, elle était toujours là pour moi.

Elle m’avait fait faire des choses idiotes, mais pour une fois, elle m’avait permis de prendre la grande décision qui sauverait ma vie. Nos vies.

C’est vrai ça…qui a peur lorsqu’il est mort ?…

Ma peur.

Ma peur me traverse depuis tout le temps que je me souvienne. Je savais presque marcher que j’avais peur, je ne supportais pas l’éventualité de pouvoir trouver ce dont j’avais besoin. J’avais été éduqué comme cela. L’habitude de ne pas avoir ce dont on a besoin, les trucs qui t’aident à te construire. Elle rentrait comme ça doucement, par la fenêtre, la moquette, comme une espèce de moisissure qui prenait corps. Elle devenait un petit être rampant, puis énorme et grimpait sur le lit, elle marchait à quatre pattes et me montait dessus pour me faire suffoquer. Dès que je l’entendais ramper, je ne savais plus respirer. L’apnée.

« Tu n’y parviendras pas sans moi ».

Je n’y parvenais pas avec elle.

Elle avait l’air d’une espèce de maladie, que je pouvais soigner un peu, à coup d’alcool, de drogues, de plans cul à plusieurs ou en faisait du genre j’étais amoureuse. Mais combien de fois je m’étais surprise moi-même à discuter avec quelqu’un, sourire, répondre, relancer par une question et en boucle « j’ai peur, j’ai peur, j’ai peur, j’ai peur… ».

Parfois, je marchais tout du long de certains murs, dans certaines villes et j’espérais qu’au coin, quelqu’un viendrait et me dirait « j’ai compris, je sais, viens que je te rassure dans mes bras ». J’attendais, je tendais les mains, je fermais les yeux, j’avais l’air folle, pourtant c’était bien réel ce vide. Le vide prend corps, je vous l’assure. Ma peur, au moins elle était là. Je crois que si j’avais pu lui offrir une glace et deux ou trois robes jolies, on aurait pu être vraiment amies, genre comme la sœur que j’aurais aimé avoir ; seulement, je n’ai jamais vraiment su, si elle m’aimait ou si au contraire elle me voulait disparaitre à jamais. Alors là, quand j’ai reconnu qu’elle revenait toquer à la porte, je n’ai pas voulu d’elle. Je refusais qu’elle revienne, encore. Seulement, je me suis rendu compte dans mes rêves, que j’ai été bien cruelle avec elle, après tout, elle m’avait sauvé cette nuit là en me disant « va-t-en ! ». La porte enfin grande ouverte, j’avais traversé la cours, d’un pas empressé. Ma peur m’avait encouragée, « vas-y c’est bien, va-t-en, ne reviens plus jamais en arrière, laisse tout derrière toi ». Elle est venue avec moi, ma fidèle, ma terrible compagne, mon petit monstre agrippée. Après avoir trouvé un refuge, je lui ai dit que maintenant qu’elle avait suffisamment œuvrée et qu’il était temps qu’elle vive sa vie ailleurs, car j’avais perdu trop de temps avec elle, j’avais ma vie à faire. Je l’avais laissé de côté trop longtemps pour elle, ma Peur. Elle a compris, je crois, sur le moment, elle est partie comme un chiot abbatu que j’aurais disputé à cause du pipi sur le tapis, elle m’a laissé un peu de répits, je pensais qu’il en était fini de notre histoire. La voilà pourtant de retour, comme une maladie qui ne guérit jamais, le chien fidèle qui retrouve toujours son maitre aussi méchant soit-il; elle est là, je la sens accrochée à mon estomac, lovée comme un chaton dans son panier. Parfois elle bouge, elle m’empêche de respirer. Je deviens colère en un instant, je réfute, je distance, je protocole des mesures sécuritaires, je vais vers où je dois aller sans penser à rien. Elle me fait fuir l’autre, le monde, je ferme les rideaux, je me réveille à chaque heure de la nuit pour vérifier que je suis vivante et je fais comme si rien n‘existait, je ne veux rien savoir. Des fois, elle y arrive, elle me fait un clin d’œil, elle me fait penser à ces choses douloureuses, l’amour qui ne vient toujours pas, les bras rassurants, la solitude qui m’écrase comme un amant lourd et maladroit, le demain qui ne ressemble qu’à une flaque d’eau noire. Le dernier jour, lorsque je partirais  quelqu’un sera-t-il enfin là pour me regretter ? Dans ces moments, je déteste la lumière. Et toi aussi je te déteste.

Et alors, c’est là, dans la douche, sous le jet d’eau chaude, que j’ai compris. Je l’ai laissée grimper à mes côtés, monter dans mon ventre.

Sensible et tremblement.

Fureur et rancœur.

Chants.

Mélopées.

Soupir.

Vide.

A la recherche.

Ma chère et tendre Peur, je n’avais donc pas compris que c’était moi qui devais t’embrasser.



Translation mécanique.

Abandonné dans la lisière, tu fomentes un plan pour tout détruire.

Tu vois bien toi que tout est pourri dégueulasse, les corps morcelés s’entassent les uns sur les autres sans que tu ne puisses rien y faire. Tu ferais quoi d’abord ? Comment tu avouerais qu’au lieu de sauver les autres, tu voudrais te jeter dessus, devenir un cadavre qui se décompose et qui devient rien, poussière, bouillasse informe, les vers qui te bouffent le trou de balle. Tu trouves ça romantique la souffrance, les petits rictus de la mémoire, tu cherches et trouves n’importe quelle excuse pour ne pas à avoir à avoir, à faire, construire, sourire à la boulangère. C’est tellement facile de se poser un milliards de question et de ne pas se trouver assez fort pour décrocher le téléphone et dire que tu as mal et que tu voudrais qu’on te sauve. Tu rampes comme un chien blessé, tu descends chez l’épicier pour acheter la bière qui défonce, pourvu qu’il te reste 2/3 somnifères. Comme ça tu mélanges et tu te tartines de tristesse, c’est ça ta vie, du rock n roll sordide. Paul Remy ton pote le rosé qui mousse super vénère, le bouchon qui saute tout seul, vient la chéri on va faire l’amour et tu vas vomir en fin de soirée dans les chiottes, ta vie est minable, tu dégueules, tu dégueules tout. Tu reste bloqué comme un pantin, tu cherches toujours l’excuse pour ne pas assumer que tu voudrais bien toi aussi être amoureux et ressentir des trucs sympas. On m’a déjà fait mal, c’est trop méchant l’autre, il te met des baffes dans la gueule, c’est un singe qui a la rage, la rage sur toi, ce putain de venin inoculé y’a déjà quelques temps, mais toi t’aime bien te branler en y pensant. Je suis malheureux, ça va me faire jouir, c’est inconstant la destinée, c’est mieux de ne pas prendre de risque. C’est sûr le monde va mal, faudrait faire quelque chose pour aller le sauver, mais toi t’as déjà la flemme de sauver ton petit monde à la con qui se limite à un territoire coincé entre ton boulot, ta baraque et le supermarché. Des fois tu vas en terre inconnu, ou presque, tu vas dans les bars, tu regardes les gens, ils te débectent avec leurs sourires qui saignent. Ca va baiser tôt ou tard, la grande parade nuptiale de nuit, il va jouir dedans elle, elle va jouir en renversant sa tête, elle va faire des petits cris aigus et demain, le cours de la bourse reprend. Sans toi. Le monde n’en a rien à foutre de toi. Tu le sais, t’es au courant. Toi aussi t’en as rien à foutre de toi, tu donnes rien à toi, tu fais genre tu vis ta vie et puis en fait tu lui broie les couilles à ta vie, tu restes sur place, ça viendra bien à un moment.

Ça viendra bien à un moment que tu crèves.





Putain chienne

T’as essayé de me casser la gueule toi.

T’as essayé de me casser la gueule  avec ton amour à la con.

T’as essayé de me casser la gueule, la chatte, la bouche, les mains, perforer mes seins, baiser mon intégrité de corps.

Pute, vieille, carne, abattage, angles droits, pistons.

Mes poignets,  pour que je ne dessine plus, que je n’existe plus, sauf par toi, pour toi.

T’as essayé putain : foutre sur ma gueule de conne, pute à nègres, bougnoule : je t’aime grosse pute, personne ne t’aime comme moi je t’aime, laisse tes main sur la table quand tu manges, handicapée, débile, mange ce que je t’ai préparé, ne choisi rien, laisse moi tout faire à ta place, idiote de troisième choix, ferme ta bouche pleine de merde, les autres ce sont tirées avant toi, toutes les mêmes, sales chiennes.

Je t’aime, je t’aime, je t’aime,  dis moi que tu m’aimes, je t’aime, je t’aime, je t’aime, sale pute chienne, tu vas obéir maintenant, je vais t’éjaculer mon malheur dans la bouche salope, tu as vu,  tu es violente, tu aimes la violence, tu as bien mérité de te faire violer.

J’ai baisé une fille de dix-huit ans, je les aime paumées à chier, des enjoliveurs pleins de merde, fragiles à la con, habillées comme des putes, je leurs dit je t’aime, et tu te démerdes avec et tu fermes ta gueule, tu écartes les jambes, de force.

J’aime me faire défoncer le cul salope, hystérique, personne  ne t’as demandé des trucs à la con avant moi, je vais te faire basculer entière et vide.

Je t’aime, je t’aime, je t’aime, dis-moi que tu m’aimes.  Vêtements ringards, je me trouve beau, Billy Idol, je « rictus » dans ta gueule, je crache dans ta bouche, je tire tes tétons, je laboure ta peau pour ton bien, je poignarde ta chatte avec ma queue, je te viole tout le temps, j’appelle ça de la passion à la fin tu ne sais plus pisser. Je tape, je tape, je tape sur ta gueule,  je tape ta gueule contre la porte. Je les attrape tes cheveux, tes putains de cheveux bougnoules bouclés qui tombent tout le temps, passe l’aspirateur. J’attrape tes putains de cheveux et je cogne ta face contre la porte. Passe l’aspirateur.  J’ai pas fait exprès, j’ai pas fait exprès, j’ai bu, je suis malheureux, j’ai tout raté, tu ne m’aimes pas comme moi je t’aime, je suis triste,  papa était très méchant, maman étais pas là, je suis bête, j’aime pas les noirs, les bicots, les poufiasses que je baise.

Toi, je t’aime, sale pute chienne dis-moi que tu m’aimes.

Je cogne, je rentre bourré, je cogne, je t’appelle salope  pendant l’amour , toujours, tout le temps, je fais peur aux chats, je déplace les meubles, je casse tout, ton amour, tes envies, tes désirs, volontés, critiques, jugements, libre-arbitre, je pourrais être gourou,  comment tuer sa femme sur Youtube.

Rien, rien, rien, il ne restera rien, je suis le tout-puissant et je t’éjacule ma fureur à la gueule, putain de chienne, putains de chiennes, PUTAIN DE CHIENNE, PUTAIN CHIENNE.

Je suis une PUTAIN DE CHIENNE D’HOMME.

Je suis une PUTAIN A CHIENNE.

Une putain à HOMME-CHIEN.

PUTAIN CHIENNE HOMME PUTAIN CHIENNE FEMME MORTE.

La Gamin

C’est une gentille petite fille. Il faut que tout glisse sur elle, les mots, les tensions, les colères, les barbarismes étouffés, les secrets morbides, rien, rien ; on ne voulait jamais rien lui avouer. On attend néanmoins d’elle, la pureté terrible et impossible à obtenir d’un être. Être toujours sur le pont des tâches sans fin, sourire, laisser ses cheveux pousser pour y enfiler des perles, rendre service, nettoyer, ranger, aller faire une course, s’occuper du plus petit, être responsable, réussir à l’école, montrer à quel point elle est intelligente et douée, en tout, toujours prouver, donner et obtenir à peine en retour. La majorité de son temps, elle le passe à passer à côté, à côté des autres, de l’amitié, des rires, de la sociabilité avec l’extérieur, d’elle-même, ne sachant pas grandir, étouffée, la tête sous l’oreiller. S’il elle ne passe pas son temps – la mère avait dit un jour « je vais retourner travailler mon enfant, du haut de tes 10 ans, tu sauras t’occuper de ton frère, ton père, de la maison, de la famille que j’ai construite. Tu devras t’assurer aussi de continuer à nous aimer sans relâche, sans désir, sans te plaindre, tu aimeras ça, vivre à côté de tout »- à s’occuper des tâches ménagères, du petit qu’il faut aller chercher à l’école, nourrir, aider à faire ses devoirs, lui montrer comment on grandit (mais comment lui apprendre, elle n’en sait rien, elle n’avait même pas fini elle-même et personne ne lui en parle).  La mère n’est pas là, elle est ailleurs. Le père est là, des fois, avec ses grandes dents de loup-garou, ses mots méchants, aiguisés, il te lacère à la moindre occasion, tout est raté, elle est nulle, nulle, toujours. Le silence.

IL est là, elle entend la voiture, il se gare, il descend de la voiture, il ferme à clef la porte de la voiture, il remonte l’allée, elle l’entend, son estomac se serre, elle l’entend, comment être sûre que tout lui conviendra parfaitement, comment savoir, rien ne va jamais, jamais. Le corps de la gamine s’enveloppe de gras : jours+ jours, semaines, mois, années, les année coulent, toutes pareilles, elle s’enveloppe, une cuirasse, une armure, mettre les autres à distance, pour tenter, juste, enfin, de pouvoir avoir cet espace, un tout petit espace, pour grandir. Il remonte l’allée, il rentre, la clef dans la serrure de la porte, il fouille la serrure avec sa clef, horrible, terrible, pourquoi il est là LUI ?

Le papa, c’est l’ogre, c’est Dieu, il le dit souvent, il est plus que les autres, les autres ne sont rien, les autres sont lâches, idiots, fainéants, une sale race, encore moins sa poufiasse de femme, ses enfants à la con. Ils lui gâchent sa vie, ils sont nuls Elle y croit à force, elle y croit, qu’elle est nulle, idiote, grosse, pas aimable, toujours à côté du bien. Si lui, le père n’est pas là à s’empiffrer de la purée/saucisse qu’elle lui a préparé sous les ordres de sa maman à distance, les yeux plantés dans la télévision (il fait ses yeux de tueur pour qu’elle la ferme, on s’en fou de comment c’était l’école, ta gueule), il est dans son garage à bidouiller des tas de choses, c’est un combattant de la vie le père, il a tout compris sur tout. La semaine : popotte à la Caroline Ingalls, le week-end, ne t’inquiète pas cocotte, tu ne vas pas y couper. Le garage, la bricole, les bagnoles, apprendre à changer une roue, faire des machins plus importants que toi et tes os qui s’étirent. Passer les outils, elle est une « banane », abrutie, elle ne sait pas ce que c’est une clef à pipe de 12, quelle conne. Elle grandit, toujours avec le souci de faire bien, faire bien et un jour ça casse. Pendant ce temps là, les autres grandissent sans elle.

Un jour, elle entend ses parents faire ce truc que les grands font, elle ne comprend pas tout de suite, des bruits répétitifs, étranges, ça claque, régulièrement. La fois d’après, elle va faire le grand ménage, le mercredi après-midi, pour faire plaisir à sa mère, espérant qu’elle soit enchantée, super heureuse, le père à encore dit à maman que c’était une bougnoule, elle l’a entendu hier soir, il a hurlé encore, rien n’allait, tout était nul, il aurait pu être ministre sans sa famille de singes. Là, dans le placard, les cassettes vidéos, les magazines, dans un sac à dos promotionnel de supermarché, un sac moche, avec dedans des boites à images moches, moches. Elle va regarder une ou deux de ces cassettes, pour voir ce qu’ils peuvent bien cacher comme ça, dans le placard. Elle regarde ces films, elle regarde ces films, des gens qui baisent, qui se montent dessus, qui s’enfilent. La dame qui prend le sexe de l’homme dans sa bouche, il devient dur, le monsieur gémit, comme s’il avait mal, il gémit, elle avale sa bite comme une glace, au fond de la gorge, elle se touche entre les jambes, elle est très maquillée la dame, elle a les ongles très longs et rouges, ils ont l’air coupants, mais elle fait attention à la bite de l’homme la dame, avec ses griffes. A un moment même le monsieur qui couine, lui tient les cheveux comme un cheval, sûrement pour qu’elle reste bien coiffée. Lui, il transpire, mais elle, elle reste bien maquillée et coiffée. Après le monsieur met la dame sur la table et il se met derrière elle et lui enfile son machin et il gigote en geignant et elle, elle parle en anglais, on ne sait pas trop si elle est contente des fois, mais sinon, en général, elle a l’air content, mais on ne comprend rien ce qu’elle raconte (même si finalement elle ne parle pas beaucoup elle crie, mais elle n’a pas mal, enfin, à priori). Rien d’équivoque à ce qui se trame sur l’écran, elle a bien compris.Ce qui est bizarre, c’est qu’elle, la gamine, elle sent un truc étrange dans sa culotte, pendant qu’elle regarde le film. Elle sent comme un truc qui gonfle, comme un escargot qui se réveille dans sa culotte. Il sort la tête doucement, très doucement en bavant un peu.Les jours d’après, elle continue ses affaires, à essayer d’être irréprochable, mais c’est une suite continue, sans fin, de buts à atteindre et le peu de sourire qu’elle en tire lui fait encore plus de mal depuis qu’elle a ressenti cette sensation bizarre entre ses jambes, ce truc étrange là. Le petit escargot qui sort de sa coquille. Et si comme la dame, elle se faisait le geste.

Alors l’autre mercredi, le petit frère qui n’est pas là (lui a des copains, il n’est pas gros). Elle retourne faire le « ménage » dans la chambre de ses parents. Elle fouille, elle fouille les placards, les tiroirs de chevets, elle trouve des livres, des magazines, des cassettes – les mêmes et d’autres encore.

-« Tout, tout, ils ont menti sur tout, ce n’est pas possible, on m’interdit de me casser la figure, de respirer ou de soupirer, de choisir, mes regards, mes postures, de dire oui si je le veux, de refuser, de vouloir envie d’autre choses, d’être, d’être…  ».         Elle décide alors d’entrer dans la brèche. Elle comprend en lisant des passages dans les magazines, ce que ***, le grand frère de sa meilleur amie quand elle était plus petite avait « trafiqué » sur elle. La cave, la partie de cache-cache, lui qui dit à l’enfant (elle avait 8 ans, lui 13), « vient on va se cacher dans la cave de Mr***, ils ne nous trouveront jamais ». Elle l’avait suivi, ils jouaient souvent ensemble à la pétanque sur le terrain en face de chez ses grands-parents, alors, il n’y avait pas de raison de dire non. Et, caché là, sous la terre, il lui avait fourré sa langue dans la bouche et lui bavait sur le visage. Il y avait un miroir. Elle avait regardé du coin de l’œil le reflet de cette scène irréelle, elle n’avait pas trouvé plus d’indications sur ce qu’il était en train de faire. Au final, personne ne lui demandait son avis, depuis le début. Alors, la gamine, elle décide d’être dégueulasse aussi, pour être sûre de ne pas devenir folle, car c’est ça qui la guette depuis longtemps. Depuis quelques temps, elle a des hallucinations, elle le croit, elle le pense, elle le vit. Elle voit les visages de ses poupées prendre des grimaces infernales dans la pénombre de sa chambre. Elle entend des pas, des frottements la nuit sur la moquette du sol de sa chambre, elle entend qu’on l’appelle, qu’on lui parle dans son sommeil. La nuit aussi, la « chose », grimpe sur son lit et s’assoit sur sa poitrine pour qu’elle étouffe. Qu’elle meurt de trouille, qu’elle meurt tout court ! C’est que la « chose » a décidé visiblement.

Alors ce mercredi là, elle descend de nouveau avec une de ces putains de cassettes, elle descend, la fourre dans le magnétoscope, met en route le film qu’elle a choisi. Elle a choisi grâce aux photos: derrière la boite, sur la jaquette, il y a des photos et un texte, elle a choisi celui qui lui semblait le plus dégueulasse.                                                                                                                                           Plusieurs messieurs sur une dame.

Là, sur le canapé, elle n’a plus peur et s’en fou de plaire à qui que ce soit, elle se branle. On a beau lui dire qu’elle est idiote, elle a suffisamment de monde intérieur pour comprendre vite les choses et ce qu’elle peut en faire. La peur développe l’imagination et l’art du mensonge.

Et quand ce soir elle servira au père à manger, ce sera avec les mêmes doigts et les mêmes mains qui l’auront fait jouir.

Et oui papa, tu as raison, je suis bien une pute.




Je ne sais pas à qui je parle.

Corps changeant, jamais le même, tout au long de ta vie. Aimé, martyrisé, dégouté, dégoutant, horrible, beau, fragile, affable, je bouge, je danse, je te fais l’amour, je me passe les mains dans les cheveux, je me souviens avoir joui pleins de fois, je me souviens avoir eu mal pleins de fois.
Des fois, des fois, des fois il est traversé. Traversé par la joie, l’éclair dans le ventre, je me souviens de l’amant, de la jouissance, je gonfle, je gonfle entre les cuisses.
Des fois je me souviens, l’hymen percé, l’enfance qui se termine d’un coup, dégueulasse, je l’ai laissé dans une forêt, nulle part, je ne peux plus passer dans ce chemin, pas possible. C’est l’atrophie, le sexe qui rentre en dedans, je ne veux plus être une femme, je voudrais être un homme puissant et méchant, avec un gourdin, une grosse épée et tuer tous les méchants.
Le squelette il se souvient aussi : toi, que j’ai tant aimé, qui me l’a défoncé cet amour, dans le visage. Parfois mon squelette se souvient, à ma place, j’oublie, je veux t’oublier et il se souvient, ça tire, douloureux, tout est mobilisé, je ne sais pas comment attendre que tu passes, que tu disparaisses, tu ne disparaitras pas, mon squelette ne t’as pas oublié.
Assise au bord du précipice, je balance les jambes, il suffirait d’un petit coup de hanche et je disparaitrais au fond du trou, plus rien n’aurait de consistance, la vie, l’amour, le chien qui aboie furieux, les cheveux qui tombent un à un, poignet  qui coince, craque, je n’arrive plus à tenir pour faire des courbes.
Je ris, tout va bien, je ris jaune, rien ne va plus, je souffre, je m’en fou, je souffre, je veux tout défoncer tout défoncer, baiser, chier, mourir, courir, boire, être bourrée, coucher avec le premier venu, créer, partir ailleurs, loin de moi, d’eux, de toi, de vous, je vous déteste tous, j’ai besoin de vous, je vous aime, vous êtes tendres avec moi, je ris, je défonce ta gueule.
Je suis vivante, morte, je suis vivante, morte, je suis morte, vivante, je suis morte, vivante.
Être la plus forte, cacher toujours derrière soi la vérité, personne ne doit connaitre mes secrets, je veux tout raconter, comment s’en sortir, porter la vie en soi, dire à l’enfant que tu ne sais pas du tout comment venir au monde, tu devines, tentes toujours de savoir comment en sortir.
Je voudrais que ce putain de corps dégage, disparaisse, il parle plus fort que moi, ma bouche, les sons ne sortent pas, plus, ou mal, qu’est-ce que tu attends pour me laisser tranquille ?
Faire des courses, écrire des courriers, attendre le bus, marcher le long de l’avenue, je n’aime pas les voitures qui s’arrêtent à ma hauteur, ça craint, les loups sont dehors, ils ont le permis de conduire, le permis de stopper la marche, s’organiser, tenir son agenda, penser à voir des gens et se sociabiliser, chercher des amants potentiels, préparer une jouissance, j’ai plus d’argent, je galère, j’en ai marre, je suis fatiguée, j’ai envie de mourir, je me réveille, j’ai envie de vivre. S’arrêter, souffler, respirer, soupirer, il faut bien continuer.
Personne ne saura jamais qui tu es vraiment, pas même toi, c’est trop tard, c’est l’évidence même.
Je voudrais mourir sans souffrir, fermer les yeux doucement et tendrement, avoir enfin ma justice, laissez  moi partir tranquille, pour une fois.



Des fois.

Parfois je me sens bien, parfois je me sens mal. Parfois je me sens bien.

Je ris, je souris, je montre mes dents, j’éclate de vie, je plisse les yeux de joie, je suis en bonne compagnie, je marche dans la rue, je vois les choses pleines et belles. Je suis sur les hauteurs, dans le quartier, je contemple, je suis contente, je suis heureuse, je me sens belle, je trouve que mes cheveux sentent bon. Je jouis dans les bras d’un homme, je partage le repas avec mon amie qui ressemble à une fleur.

Parfois je me sens bien, j’ai le corps souple et endurant, alerte, presque sautillant, bondissant, je vais, je viens, je monte les escaliers, je respire, j’aspire, j’inspire, tranquillement, apaisée, je ne crains aucun espace, aucune possibilité temporelle. J’ai envie d’être là, ouverte et magnifique, je me pomponne, je me caresse les cheveux, je suis une chatte malicieuse. C’est l’Eros qui bondit en moi.

Parfois je me sens bien.

Parfois je me sens mal. J’ai le squelette qui me fait mal. Je me souviens de lui qui me tord, me prend les cheveux pour cogner ma tête contre la porte, de moi couchée par terre et lui qui me donne des coups de pieds. Les mensonges qui s’accumulent dans ma besace, la tromperie, la confiance qui éclate sous les chaussures, la détresse recroquevillée dans un coin de la pièce. Je m’en souviens, mon corps s’en souvient, j’ai mal, ça prend comme ça, comme un gémissement, un hurlement interne et secret.

Parfois je me sens mal, écrasée, tuméfiée du dedans, je suis morte trois fois j’ai compté, je suis là, parfois je me sens bien, parfois je me sens mal. Je suis revenue, à chaque fois, comme un zombie. Moi aussi des fois je mange les gens. Je préfère manger qu’être mangée. Je reste là assise dans le noir, j’attends que quelqu’un passe et je lui mort la cuisse, le cœur, l’envie de moi. Parfois je me sens bien, je me sens mal, je ne sais plus, ça ne sort pas, je suis prostrée, coincée, bouleversée, ça tape, ça cogne en dedans, la petite fille en dedans ne peut pas sortir, je ne la laisserais pas faire. Elle a aucune idée de ce que c’est, je n’ai pas su la protéger, je n’ai pas su la protéger, je n’ai pas su faire attention pour elle. C’est dégueulasse l’enfance, la vie, les pertes, celui qui est mort, qui ne reviendra jamais, j’aimerais tant lui dire que des fois je vais bien. Je sors de moi, je ne ressens plus rien, je suis gênée, l’autre ne m’atteint plus, je suis froide comme un cadavre, rigide, les yeux tournés en dedans. Je trouve tout le monde moche,  grimace, dégueulasse, la cours des miracles, un tas de corps jetés les uns sur les autres avec leurs portable dans la main à s’inventer une vie super.

Parfois je vais mal, parfois je vais bien.

Les gens, les gens pensent  savoir que quand on sourit, c’est qu’on va bien. Les gens, les gens pensent que quand ton sourire est inversé, tu vas mal. Les gens, les gens ne savent pas que certains autres gens sont de bons comédiens, qu’on a eu de très bon professeurs géniteurs, qu’on sait très bien cacher les émotions, le Tanathos, le bordel interne, la rage qui te bouffe jusqu’à te sucer les côtes. Les gens aussi ne savent pas, qu’on change aussi avec le temps, qu’on change toute la journée et que parfois on prend toute la distance nécessaire pour arriver à revenir dans la vie, qu’on sort de notre cachette parce qu’il faut bien, ou alors il faudrait choisir de mourir pour de bon.

On aimerait bien que personne ne ressente ça, ce truc dément, sidérant, la solitudequi t’écrase sous son poids pendant qu’elle t’étrangle; elle te prendra le peu qui te reste. Ta dignité, ton courage, l’envie de continuer à aimer l’autre, elle te prendra tout, avec sa copine souffrance, elle fera en sorte que tu choisisses mal, c’est devenu trop insoutenable. Trop tout. L’abandon constant, l’autre qui te laisse tomber, volontairement ou maladroitement. Tout ça tu le sais, tu le sais tout ça, des fois tu vas bien, des fois tu vas mal.                                                                                                                                                                                                    Des fois tu vas mal, des fois tu vas bien.                                                                                                                                                                                                                   Des fois tu vas bien, des fois tu vas mal.                                                                                                                                                                                                                   Des fois quand tu vas mal, souviens toi que des fois tu vas bien.                                                                                                                                                                         Un jour dans la tombe tu ne ressentiras plus rien.                                                                                                                                                                                                 Des fois tu vas mal, des fois tu vas bien.

Tu es en vie.

Iris général

Tourne. Je tourne en rond. Je me cogne sur, dans, à l’intérieur en creux, des angles, concaves, tubulaires, convexes, angles aigus, tranchants. Mon âme, mon âme est coincée, dans le corps, pétrifiée, plus rien, elle ne circule plus. Il n’y a plus de dialogue. Corps/Âme/Spinoza. Ça ne circule plus, pétrifiée, baignant, coincée. Un, deux, trois, soleil. Plus personne ne bouge, je ne bouge plus. Par terre affalée, une toute petite lucarne, la promenade, la cantine, la télé hystérique, je ne sors plus, je tourne en rond. Dedans, dedans, je suis dedans, là, coincée dans le marais, la boue jusque les genoux, je m’accroche aux barreaux, j’essaie de soulever le nez jusqu’à la lucarne, barreaux, meurtrière. Un petit bout de soleil sur le petit bout de nez. S’il te plait. J’ai eu un néant sur le visage, un trou béant, un big-bang intégral sur la gueule. J’étais un monstre, un putain de monstre, défiguré, impossible de sortir. Pour une honte qui dure, pétrifiée, anéantie, coupable. Plus rien, je ne suis plus rien, affalée, dépassée, le visage dans les mains, mes grosses mains. Faire de belles choses, un objet, une image, caresser, tourner les pages de. Je me retourne, j’ai mal, je me retourne, j’ai mal, sur le dos, le ventre, debout, assise, je ne sais plus croiser les jambes, j’ai mal, je marche, y’a une putain de caméra, ce n’est pas possible autrement. Non, non, non ce n’est pas possible autrement, c’est une blague, horrible, on rigole. C’est un canard à tête coupée qui court, ça gicle, ça fait rire les gens. C’est drôle. Je vais rire à un moment, le sang a giclé de mon nez, j’ai patiné par terre comme un toutou sur la glace, ridicule. Ma robe de chambre était trempée, je n’avais pas de culotte, chemise de nuit troussée sur les hanches. Tronche de biais. Non, non, non, c’est sûr, c’est une blague, on va bien se marrer à un moment. Mais à cinq heures, ce n’est pas une blague. Je tourne, je tourne, sur le dos, sur le côté, il se passe quelque chose, j’ai peur, enculé, j’ai peur. Salle de bain, je me lève, je vais à la salle de bain, j’allume, lumière, néon, lumière, néon, néant, un putain de néant à la place de l’œil, néant, un putain d’iris général, le noir pas cosmique. Noire. Noire, j’ai un putain de démon dans l’œil, sur l’œil, à la place de l’œil, je suis devenue un monstre un putain de monstre. Défragmentée.

Qui je suis ? Qui je suis ?



Lumière blanche (…)

Lumière blanche, petits contrastes qui dansent dans la lucarne.

Je suis barrée, je ne suis plus là, j’en sais rien où je suis, tu peux me le dire ? Je pars, je pars depuis toujours ; je prends la petite porte, une sonate, un bruit, un bout de lumière ça y est je n’en sais rien, je ne suis plus là, je ne suis plus-pas-prou, où je suis enfin tout court. C’était sidérant, c’était la jeunesse, non, l’enfance, c’est différent. Debout dans le lavoir, mon vaisseau spatial, le glouglou de l’eau, la pierre, l’écrasement humide, pénombre. Je suis la seule à m’entendre respirer. Madame P. -paix à son âme- la gentille d’âme l’appartement du bas, ses mains fripées comme un mouchoir en papier boule, les petits gâteaux qu’elle me tend dans un joli sourire, le reflet de ma tête, avec cette grosse chemise rose avec des perles cousues dessus, dans ses lunettes, avec des chaines en or sur les branches pour qu’elles ne tombent pas. Je ne sais plus quand elle est morte. J’étais partie ou pas, déjà ? Elle était gentille, je l’entendais vivre l’oreille collée au parquet linoleum. Dans mon lit couchée sur le dos, la fenêtre en face avec des feuilles de lumières interstices, j’entendais des pas sur la moquette, c’était quoi, je n’en sais toujours rien. Mais ça montait du bas du lit, sur ma poitrine des genoux pour m’étouffer, c’était moche, ça faisait peur, je restais après debout à côté du lit de mes parents. Le sommeil des autres me rassure. Le jardin des délices, tout un monde à ta portée, le vieux monsieur teint basané à l’accent fort et sa casquette que je conserve et que je respire parfois. Lumière, montagnes, les colombes, glaïeuls, les œillets d’Inde, tous petits, âcres au nez, fraises, le vert, le rouge, cactus, les aiguilles une fois dans mes fesses, pince à épiler mes fesses, le cerisier en fleur, le cerisier en fruits, la balançoire, une fois papa a fabriqué un truc gentil, comme la tortue en coquillage avec son pistolet.  Orties autour du figuier, je suis la plus forte, ça gratte, Pépé mangera ses fruits.

Pourquoi encore quand je pense à lui j’ai de l’eau qui s’étrangle dans la gorge prête à bondir dans les trous entre les yeux. Je m’en fou, je parlerais de lui encore encore, il a existé il est important, c’est important que quelqu’un parle de lui, c’était un héros sans armes, un révolutionnaire. J’ai fait une grande école et eu mon bac qu’il m’a encouragé avec ses mots à lui. « Tu en es capable ». Je l’ai cru. Il m’a cru.
Il y avait un autre vieux dans le quartier, avec un trou dans la gorge, cheveux gominés.
« Il a fumé trop de cigarettes ».
J’y repensais à la terrasse de café à Paris tout à l’heure, une dame habillée tout en blanc, fox trot, avec sa bouteille d’oxygène et les petits tuyaux dans le nez. Plein de place autour, le désert, pourtant elle vient juste à côté de moi (je fume) j’écrase ma cigarette pour être gentille avec elle, je sais qu’elle en a envie, en parlant avec mon amie à côté de moi. « Non, non, vous pouvez fumer, cela ne me dérange pas, j’ai fumé toute ma vie, la vie sans cigarettes c’est une vie sans saveur, j’en ai bien profité vous savez, la Vie. J’ai arrêté de fumer net quand on m’a dit que j’allais y passer, la volonté, non, la trouille ». Maintenant elle traine dans son quartier avec sa bouteille sur roulettes, si elle est vide, elle meurt. Jolie robe dentelle, coquette, un truc dans ses yeux. Pas comme l’autre vieux avec son trou dans la gorge, il aimait bien me faire peur, il enlevait son petit foulard en soie pour montrer son trou. Vieux dégoutant. C’est bizarre de vouloir terroriser les enfants, grands, on a bien le temps de flipper à fond les manettes: factures, loyers, amour/désamour, violence, perte, retour en arrière, dépression, larme, tristesse, mon pantalon trop petit j’ai grossi, terreur nocturne, sans sommeil, les mains qui lâchent, le mec qui te suit dans la rue, les appels qui raisonnent dans le vide.
Mais oui oui, la vie ce n’est pas que ça. J’explique. Assise dans le métro, le dernier wagon, la fenêtre de la locomotive derrière, qui sera celle qui tirera dans l’autre sens, avec les reflets j’en sais rien d’où ça vient de partout, dans la petite lucarne qui donne sur la cabine du conducteur de tout à l’heure dans l’autre sens, les petites lumières dansent. C’est joli, c’est sensible, c’est la Grâce, c’est comme un petit son, une musique tu ne sais pas trop d’où ça vient, une voix, une femme qui chante dans une autre langue, elle a une jolie voix la dame. Je ne sais pas d’où elle chante. Les lumières, je m’en fou de savoir par quel procédé de réfraction machin elles font ça, je sais, on m’en a parlé à l’école, mais je ne m’en souviens pas et je m’en fou, je veux que ça reste magique.
Je n’ai pas dormi de la nuit, la nuit dernière. L’angoisse tapait fort, l’angoisse. Fatiguée, l’angoisse tape fort sur la porte du plexus solaire, l’angoisse, suffoque, mon con de cœur s’emballe. Lumière blanche aujourd’hui, il y avait du vent, des gouttes des fois, l’été revient demain parait-il.
Il y a des jours pendant lesquels la vie c’est chiant, ça n’existe pas vraiment, cotonneux, bizarre, ça culbute sur mes bras, ça rebondit, ça ne rentre pas en ligne de compte. On s’en fiche, c’est tout, on a son âme en position fœtale à l’intérieur, c’est comme un grand amour qui vous quitte, non c’est comme une grosse crise de larmes après un grand amour que tu quittes. On est vide, c’est rien tout ça, c’est un gros trou noir qui avale tout et on le nourrit avec soi, en soi.  On attend quelque chose, on ne sait plus vraiment quoi, un corps, une lumière, un son, un signe, manger, dormir, tranquille, le raz de marée se prépare, tu sais pas, tu sais, aussi, qu’il faut attendre que ça se calme, mais rien, rien  ne peut venir te chercher à part toi même. La cloche fêlée, éthérée, du violoncelle qui joue les abimes de l’autre en toi: celui qui te cherche.
Le corps de toi à toi, rien, tout, pas malade, je me sens bien, le squelette est en place, j’ai bien mis mes pieds dans la bonne position, le geste corporel est meilleur, plus fluide, tu le sens. C’est sûrement ça, ton corps qui prends le dessus, il grignote le dedans de la tête, couché dans une flaque d’huile, tu t’enfonces, c’est ton corps qui t’aspire, il n’y a pas de désir, c’est fulgurant et terrible, c’est la drogue auto-productive de toi à toi ton dealer.
Bref. Cigarette. L’été revient demain parait-il.



Sac de chair.

Mon corps.
Toi.
Toi mon corps, je t’ai trimballé, grosse chose dégueulasse. Cellulite, graisse, gros os, poignets tristes, cheveux bouffis, dégoulinants dans ma face, bouche grosse rouge et humide, commissures des lèvre sans sourire, les dents noires sans sourire, encore encore.
Sexe incurvé, rentré en dedans, bénéfique sur rien, défaitiste en tout, je te déteste à la plage, les cuisses qui frottent, la brûlure, entre. Les pieds qui ne se touchent pas, idiot, bizarre, pas gentil dans le regard de l’autre, pas joli. Je t’aimais pas, toi, gros bêta, pas velu pour deux sous, mon soutien gorge (c’est idiot soutien gorge on soutient pas la gorge, mais ces nichons à la con, pas assez gros, pas comme ce gros cul à la con, débile, renflé, enflé, enflure, dégage!) qui me découpe le dos.
Toi mon corps, rempli, plein, d’alcool, de cachets donnés par la veille dame qui sait pas lire, « ha tiens des anti-douleurs » tu ne crois pas si bien dire la douleur, miam, je mélange avec quelque chose, je ressemble à Marylin, je m’endors, je ne reviendrais pas, peut-être. Si je suis encore là, merde. Putain de corps, tu vas te décomposer, j’en suis sûre, un jour, mais lentement, tu prends de la place dans l’espace. Tu prends tout l’espace et ma tête, elle, elle ne peux pas prendre son idée, tu saisies toute la place, carcasse, personne ne peut regarder dans ta tête. Comment, comment toi tu peux être vilain avec moi, tu es l’écrin de mon esprit et tu véhicules une image de moi qui n’est pas moi, je ne suis pas gracieuse et pourtant je peux percevoir les trucs cosmiques, j’écoute le monde me parler, je suis sensible, je ressens des choses dans mon cœur de vacharde. Tu es méchant avec moi, tu me désolidarises du reste. Le reste, les gens, les pourris avec leurs dents à gencives, ils sourient, débiles, gracieux comme un assassinat. Comment tu peux faire la guerre, tu ne sais pas ce que c’est de lutter pour une existence d’amour. Tu te bas pour la paix et tu craches sur ton voisin d’en face, ta fille, ton fils, ta femme.

Toi mon corps, masturbé, baisé par l’homme, les hommes, tourner, se faire prendre par derrière, devant, éjac’ facial, j’avale tout, foutre, bière, je suce, j’aspire, la cigarette, le joint, la culasse, les culs, les hommes aiment l’anus, surtout le leur. Je t’ai donné du vert, « tout ce qui est vert est bon pour la santé », de l’eau, monter, descendre,  roucoulades, roulades, bousculades, éviter les gens, j’ai de la chance je suis grande, j’ai de  » la chance pour un gros corps j’ai un beau visage » (regarde ta gueule elle est pleine de gras qui suinte et tes cheveux sont moches, toi tu es mince mais ta gueule elle est moche comme les mots qui sortent de ta bouche, d’où tu sors salope?).

Toi mon corps, pauvre chose de corps, tu me fais mal, tu tires, mal aux pieds, ça brûle sous les plantes, idiots de mots plantes des pieds, saveurs diffuses des fois, j’en ai marre de toi, dégages, non merde je vis dedans.

Toi corps, j’ai lu pleins de livres, j’ai lu pleins de livres, musique, table, chaussures à talons, tu fonds un peu, j’ai plus besoin de m’habiller comme un homme ou une vieille. Ça y est je te fais la nique, je t’ai maltraité beaucoup à fond de ballon, tu as tourné dans pleins de lits, je t’excuse, je t’ai usé, maintenant je vais te donner un coup de main avec la tête qui est la tienne aussi.
C’est bien tu obéis enfin, tête de nœud de corps.

Je te donne de l’amour va,de l’amitié, des gentils gens pour changer, tiens des huiles, de l’eau, des caresses, de l’autosuggestion hardcore love brut de décoffrage, je regarde les filles avec des gros tout, qui ondulent des fesses, violentes, sexuelles sensuelles animales beautées transgressive trans-genres tout ça tu vois. Les cheveux longs noués crêpés américaines, Alice Saprich, superbement moche, superbe superbe, on s’en fou je suis belle, je t’emmerde, je t’encule, tu aimes ça que je t’encule, avec mon gros corps, tu es jalouse, je suis une femme je suis une femme je suis une femme je suis une femme.
Tu me désires maintenant, tu désires mon gros corps, je fais ce que je veux de toi de lui, nous, eux, rien, presque.

Plus rien ne m’attache aux autres, mon corps mon gros corps, il est là, je suis là je suis tout et rien, je vais mourir, un jour. Je suis là, je suis là, planté sur mes deux pieds, mes grands pieds, je m’en fou, je chante une chanson, il y a un petit vent.

La croix parallèle.

Je tape, je frotte, je reviens dessus, je recommence, c’est bien, pas assez, encore.Je recommence comme hier, hier, encore, comme hier, ce sera aujourd’hui mais hier de demain, je recommence, je répète, encore, encore, encore je recommence.Je sais, Simone à dit « c’est le truc le moins productif de la terre », je recommence, c’est sale pourtant encore, j’aime pas c’est sale. Mais on recommence tout le temps, encore, encore, répète, reviens dessus, va et vient, viens et va, va par là reviens dessus encore, en haut en bas. Je mâche, je mastique, après je nettoie, je reviens dessus, j’ aime pas les miettes, les miettes, je reviens dessus, je passe, je repasse, je reviens. Je les picore du bout du doigts pour les rassembler dans un orifices quelconque afin qu’elles ne soient plus sur la surface plane. Je monte dessus, je monte dessus, je vais et je viens, je vais et je viens pour le faire venir, de haut en bas sur le dur qui devient mou, zut, reviens dur, je va et je viens dessus, de haut en bas, un angle aigu, non grave, je reviens, je monte je descends. Je rentre tout dedans, je macule, je veux que ça macule dedans et après le dedans je reviens dessus. Le geste, encore, je suis la somme de gestes que j’effectue sans le moindre état de manque, je fais le geste, ça n’a pas le temps de manquer. Je veux sortir de la quadrature du cercle, mais je dois répéter le geste, les gens ils doivent faire des gestes, c’est comme ça que je remplie la vie, j’attends la mort, j’attends la mort en faisant des gestes. En haut, en bas, je sors, je rentre, je tends, je prends, je souris avec les dents, les gencives, un pas sur le côté, je prends le train, je prends le train, il me dépose, je descends, je marche, je valide, je composte, je montre, je roule dessus, je tourne les trucs, je rentre, je cherche, j’achète, je reviens chez moi, je range, je reviens, je repars, je lui téléphone, ça sonne, je dis bonjour, prendre des nouvelles, l’amour, la rage, il a pris un ton que j’aime pas, je hurle, je raccroche, je fais une lessive, je tousse, je crache, je crache, je me mouche, je vide le propre, je remplie de sale, je recommence .Répondre aux courriers, évoquer les possibilités, définir un ordre de priorité, tout s’étrangle des fois, je ne fais rien et je tourne en rond dedans la tête alors je refais des gestes sinon ça se dispute. Il faut faire des choses, sinon on est rien qu’une table qui disparait quand l’autre quitte la pièce. Les gens se rendent-ils compte qu’on devient esclave de toute sa vie toute sa vie à cause de la chatte et de la bite de ses parents? Ha non, il ne faut pas parler des organes génitaux, remplis la machine à laver les tasses, vite et tais-toi.                                                                                                                                                                                                                        Encore.Encore.Encore.

« -Tu veux pas me baiser ?                                                                                                                                                                                                            -Non je m’ennuie, tout ça c’est trop rond. Je m’ennuie, je sais. Ce sera des va-et-vient, tu vas jouir, je devrais encore nettoyer. Je passe mon temps à nettoyer ce fichu trou.                                                                                                                                                                                                       -Les japonais ont inventé des toilettes qui se nettoient toutes seules.                                                                                                                               -Embrasse moi, tu es gentil…».

Le cycle, c’est le cycle, ça repousse, je coupe, ça devient trop clair, je reviens sur le principe de couleur, la théorie de lois de contrastes, je tourne, je tourne autour, je juxtapose, je pose, je reprends, outil, la main, mon outil, je la perds, je reprends un cycle mais différent, tu pars toi, tu pars tu ne reviens pas, je casse le rond, j’en refais un autre. Je ne suis pas folle, hein, je pose les choses, je pose les choses et après on recommence quand même.Quand même, toujours.Placards, portes, livres, crayons, tasses, bouchons, escaliers, portiques, ascenseur, passages, évidences, doutes, désillusions, chagrins, caresses, la peau, le tourment, le ventre qui bondit, l’arrêt total, tout est perdu, non je reviens, je m’en fou. J’ai pas peur, un jour c’est fini.



Vocabulaire Éclectique

Marche devant marche derrière plus vite arrête d’aller vite range nettoie mange en faisant moins de bruit me regarde pas comme ça ou je te dérouille ferme ta gueule parle plus fort arrête de soupirer tu me regardes encore comme ça je te frappe tu m’as poussé à bout débrouille toi pour payer tes études c’est ta faute obéis ou tu vas voir t’attends quoi pour me répondre prend donne va par là dégage viens ici je te demande pas ton avis arrête de pleurer on est pas dans la petite maison dans la prairie avant derrière mange pas ici fais attention aux miettes tu feras à manger pour ton frère j’ai envie ferme ta gueule tu redoubles espèce de connasse tu ne m’arrives pas à la cheville tu finiras pute à Saint Denis enlève ta culotte ou je te cogne grosse merde gros tas idiote banane folle malade mentale tu ne sais pas aimer égoïste bipolaire tarée salope grosse pute sac à merde pauvre conne sale chienne boudin garce tu te prends pour une artiste ratée bonne à rien bougnoule paysanne ta gueule encore ouvre la bouche ferme là reste ici vas t’en tu me dégoutes regardes toi minable lâche pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute pute:::///:::

TU as VRAIMENT mauvais caractère.

(Vômi).



La Branlette Pussy Cat.

La Grosse Branlette Pussy Cat elle fait chier.
Elle fait chier les « vilaines filles », oui elle fait chier les vilaines filles, parce que la Branlette Pussy Cat elle te fait chier parce que t’es un concept en fait, elle rêve de toi et quand elle te rencontre, elle t’emmerde.
La Branlette Pussy Cat elle aime les même trucs que toi, les films avec des dames méchantes et violentes qui font du karaté et mettent des grosses torgnoles à ceux qu’elle n’aime pas.
Elles ont des gros nichons et des gros culs et elles gueulent, elle vocifèrent, elle crient, elle te crachent à la gueule, elle cognent sur des trucs et ta gueule y compris, si tu fais chier, avec la bouche ou les pieds ou les mains. Elle te met des pains comme disais ma tata Bruce Lee.
Des fois, elles sont méchantes entre elles, mais ça c’est pour faire plaisir aux » monsieurs » qui paient pour faire les films, ils aiment bien ça les filles qui se mettent sur la gueule et qui s’enferment dans des cages, pour faire l’amour après dans la douche des S.S psychopathes.
La Grosse Branlette Pussy Cat, aime bien les trucs où on s’attache, on se tire sur les tétons, on se met  de bonnes fessées en picolant du vin rouge. Ok on est d’accord. Sors ton putain de corps de son cocon capitaliste de merde.
« Han ouais Brigitte Fontaine elle est trop cool, elle est trop une artiste de folie, elle est folle, j’adore son univers de folle, elle est folle mais j’adooooore. Han oui Barbara, trop bien, elle est barrée tu vois.
On dirait George Brassens en femme et en gothique, elle est trop dark avec les chansons qui parlent de la mort.
Ha ouais et les rebelles moi je kiffe, c’est trop bien l’underground, c’est trop fascinatoire tu vois, souvent ils parlent de gens fous tu vois, moi j’aime trop les rebelles, les anti-tout tu vois, ils sont fous mais ils vont au bout de leurs convictions tu vois….
Haaan ouais Betty Page elle est trop cooooool.
Haaaaan ouais j’adore les photos avec les femmes attachées et les mecs qu’on montent comme des chevaux et les japonaises qui font l’amour avec des poulpes»
La branlette Pussy Cat, elle vient te voir parce que tu as une frange, des tatouages, des trous partout et que les japonaises qui font l’amour avec des poulpes elle trouve ça abusé mais chacun son truc hein.
Elle a des trous dans l’âme aussi. Oui bah oui conard, les femmes, les vilaines filles, elles ont des trous comme les autres dans l’âme, elles ont une putain d’histoire souvent mais elles t’enculent, elle enculent tout le monde, parce que la liberté elles ne se formalisent pas de savoir si tu l’aimes, ou pas.
Brigitte Fontaine elle est trop cool et moi tu viens me péter les burnes rentrées en dedans mon ventre?
Oui la vilaine fille elle aime mettre son doigt, sa main, son poing, une bite en plastique dans tes fesses, mais c’est comme ça qu’elle te montre qu’elle t’aime et c’est comme ça qu’elle veut que tu l’aime. Elle te fait l’amour, seulement elle ne fait pas l’amour comme dans cette putain de mentalité patriarcale de merde où la fille qui garde ses chaussures elle dit « non » alors qu’elle pense « oui ».
La vilaine fille elle dit oui et elle te le fait cracher ton foutre et t’es gentil de lui dire merci et de ne pas la traiter de pute, parce que la pute c’est toi et tu le sais bien et c’est pour ça que tu es insupportable comme une grand-mère acariâtre.
Faut pas lui dire que tu l’aimes comme ça, violente, acerbe, chiante, sexuelle et après espérer que dans la vie de tous les jours elle t’écoute parler comme si tu savais tout et elle rien de tout.
T’es pas le seul à avoir lu des livres conard.
La vilaine fille justement parce qu’elle s’est pris des coups de gourdins dans le cul et la face même pas pubère, que très vite elle s’est mise à turbiner du ciboulot alors vient pas la ramener et pleurer et l’insulter parce qu’elle te regarde pas la bouche en cœur avec le mental en mode veille.
C’est quoi ton délire Branlette Pussy Cat ? Tu viens te faire secouer et après tu veux me sauver la vie ? Ha oui pardon, j’ai des problèmes avec « mon » mère, ma » » père, « ma » frère, « mon » sœur et les générations d’avant qui mangeaient des trucs trouvé sous la terre parce qu’au dessus rien ne poussait.Ha oui pardon, j’ai des problèmes parce que je suis comme tu es venu me chercher et maintenant tu veux me sauver, me faire comprendre des trucs que même toi tu n’as pas pigé, t’es plus malin que moi bien sûr. T’es plus malin, mais tu joues ta putain de comédie tous les jours, que tu te voiles la face et tu chies à la gueule de celui à qui tu as enfin dit la vérité sur toi.
C’est connu, on tue en premier ceux qui vous aiment et vous comprennent.
Ouais j’ai des problèmes, mais je m’aime comme ça, toi, tu as des problèmes, mais tu ne t’aimes pas comme ça. Toi aussi tu es violent, le monde est violent, alors pleures pas que quelqu’un te le rappelle dans ta gueule si tu lui parles pas meilleur.
La Branlette Pussy Cat est une putain de bonne femme insupportable coincée dans un corps d’homme et elle te fait des crises parce que toi, des fois, tu te sens comme un routier à moustache.
Pétasse je vais te mettre la branlé et tu vas jouir.



Le scarabée aux antennes de cafards.

Cette échappée sévère et délicate, sans compromis aucun. La façon de s’en aller sans prévenir, même attablée avec les personnalités bruyantes et sourdes.
Tu chuchotes à ta propre oreille, la main voutée en dedans, les doigts recroquevillés, les lèvres proches à ton lobe, mouillées, qui susurrent les vaines illusions que tu construis au gré de tes fourbis et autres malversations de la vie quotidienne.
Tu empruntes le chemin sur la plage pour aller ramasser le coquillage tout chaud du soleil de ton existence parfaite et incroyable. Regarde, ils sont beaux, ne détournes pas ton regard.
Le sourire de toi à toi, les promesses en tenant ta main avec ton autre main, que tu te fais pour les heures à s’écouler, les jours qui s’enfilent, les années qui s’égrainent dans tes rides.
Les rythmes lunaires, les rites que tu inventes pour conjurer et provoquer tes propres drames, mais surtout tes proches opportunités que tu saisiras lorsqu’enfin tu te souviendras de cette conversation avec toi.
Le lait chaud que tu verses dans la tasse. Que tu es délicat, tu as ajouté du miel.
Sois gentil avec toi, pour changer, oui.
Lève toi: la nuit a envoyé dans un long voyage de ténèbres. Il subsiste une image qui revient dans les gestes du jour. J’ai vu cette bague et je me suis souvenue du scarabée à longues antennes de cafard qui grimpait le long du mur. Je l’ai attrapé.
L’ourlet de ma robe, que je frotte entre le pouce et l’index dans une infinie rêverie.
Alors je décolle, je ne touche plus terre, je n’entends plus ta voix. Je pars dans l’autre pièce, l’invisible.
Je ne suis plus qu’une ombre au soleil de midi, écrasée et tu ne le vois pas, elle est devant toi.
Je suis dans mon secret.
J’aimerais t’expliquer ce que je suis et ce que je vois, j’entends.
Les paroles briseraient l’enchantement de l’adultère à la réalité ; j’en ai fait l’expérience.
Je ne veux suivre que mon bel amant dont je ne sais rien, dont j’entends les promesses et qui  me transporte dans la chambre close, aux rideaux lourds de velours.
Donne moi une raison de ne pas me donner à lui, je n’en connais pas, car je sais qu’enfant, déjà,  il venait dans ma chambre, j’entendais ses pas sur la moquette lorsqu’il s’approchait de mon lit.
Mes cheveux qui ondulent sur le torse de celui avec qui je dors ne sont parfois que l’infime raccord avec le quotidien et la vérité crue du jour. Ma tête est vide, je suis partie.
Je suis l’entière vérité de mon propre absolu, je n’ai plus peur.
Il y a bien longtemps, la voix de ma mère me rassurait.
Maintenant que je suis vieille, je peux enfin entendre mon propre son de gorge, elle est dans la boite à musique. Le souffle vient directement du ventre, j’évite les voix de tête.



Le jour où je suis devenue une femme.

Le jour où je suis devenue une femme.
Le jour où je suis devenue une femme, je ne m’y attendais pas, oui pas.
C’était drôle ho oui trop drôle. Dans les histoires on racontait bien que le jour où on devient une femme, on le devient avec un monsieur qui vous caresse la main et qui vous dit qu’il vous aime. Il a une cape et un cheval, et des cheveux jaunes dorés qui volent dans le soleil à chaque fois qu’il parle.
Il a une voix gentille, il ressemble presque à une fille, sauf qu’il n’est pas fait pareil dans son short.
Et si y’a une flaque il met sa cape dedans pour que tu marches dessus et tu laisses tomber ton mouchoir en faisant des yeux de biche et puis surtout y’a une jolie musique toute mignonne avec des oiseaux qui chantent dessus.
Ha oui et puis il te caresse le coude.
Mon prince à moi, il avait une bagnole blanche, un modèle tout moche qui ne prend pas de décision dans sa forme. Il avait aussi des yeux de chacal tout durs et des lèvres très rouges.
Plus tard j’ai lu dans Femme Actuelle qu’avoir des lèvres toutes rouges ça voulait dire qu’on avait une mauvaise circulation sanguine. Ça doit être ça aussi les mains moites qui collent.
Je ne sais pas comment il s’appelle j’ai oublié, parce que mon prince il était nul en fait.
Mon prince il m’a ramassé sur la même route où la petite fille a disparue très longtemps après.
Le chemin de trottoir sur le bord de la route, où y’a un chemin encore qui part dans la campagne à droite.
La jolie campagne complice.
Je sais plus quel âge non plus j’avais, je ne sais pas, l’âge d’aller voir une copine à pied très loin dans un autre bled paumé dans la campagne. Je me souviens d’elle, elle avait des cheveux tout moches avec un bandana toujours et quand elle saignait elle saignait beaucoup.
C’est là que j’ai appris c’était quoi l’amour.
L’amour c’est quand le monsieur il t’appuie sur la tête pour que tu mettes son machin un peu mou dans la bouche, un engin avec du plastique dessus. L’amour c’est quand le monsieur il te regarde de travers, avec un regard sombre tout noir. L’amour c’est quand il t’écarte les cuisses pour faire des bleus dessus et dedans les cuisses. L’amour c’est moite et dégueulasse comme un yaourt périmé.
L’amour c’est quand à la fin tu dis que tu n’aimes pas ça et qu’il te dérouille ta jambe avec sa jambe et puis l’amour c’est avoir une trouille pas possible des bagnoles blanches quand tu vas à l’école après. C’est marrant parce que j’ai une boule qui a poussé dans le ventre, je savais que sûrement, elle partirait en ouvrant la bouche, mais c’était pas bien possible.
Je me souviens que dans les magazines on disait qu’on saignait beaucoup et qu’on avait mal.
Je sais pas, j’ai pas beaucoup saigné, ça ressemblait plus à de la merde qu’à du sang.
Comme les crevettes qu’on dissèque, c’est plein de merde dedans, j’avais que de la merde dedans.
Par contre c’est vrai que ça fait mal, ça fait mal des années après encore, tout le temps, surtout quand tu as un gros chagrin qui vient chercher ce que tu avais mis dans la petite boite spéciale de ton hippocampe. Après y’a des petits ouvriers des lobes qui ont fait en sorte de bien faire en sorte que la boite était bien scellée. Mais des fois ces petits cons allaient boire des bières dans  le mauvais lobe et là c’est le bordel, je pleure et je suis en colère, je tape et je casse des trucs, comme mon visage.
C’est vrai que des fois je suis en colère.
Je suis en colère.
Parfois je suis pleine d’amour, je sais que j’en ai plein dans mon sac à dos, mais je sais pas, l’amour ça titille la souffrance aussi, du rose on vient au noir. Détruire tout détruire.
Le soleil n’aura existé qu’un temps.

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publié le 6 octobre 2018 dans PUBLICATIONS. et Textes personnels 0 commentaires 

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